"La vie intérieure de Marie"

dans les lettres  de M. Olier

(extraits)

__

 

 

 

Chez Olier on trouve les termes "intérieur de Marie" et "vie intérieure de Marie". Le premier terme désigne ce que Jean Eudes appellera: "Coeur de Marie". Le second désigne en fait l'opération intérieure de Marie. Saint Jean de la Croix appellerait cela: la modalité - de connaître et d'aimer - de Marie. L'enseignement d'Olier est très précieux car il nous montre la meilleure modalité, la plus divine, pour connaître et aimer Jésus-Christ - celle de Marie - et nous montre que l'on peut y avoir part. Ainsi nous pouvons aimer Jésus-Christ, par et dans, le Cœur de Marie.

 

Préface du recueil des lettres[1]

 

"Après avoir exhorté des âmes à contempler la vie intérieure de Notre Seigneur dans sa source, M. Olier la fait honorer dans la Sainte Vierge [...]. Marie est la  plus parfaite réalisation de la vie de Jésus: c'est l'abrégé de l'intérieur de Jésus. La dévotion à "l'intérieur de Marie" c'est-à-dire à la vie de Jésus en Marie revient fréquemment dans sa correspondance (Cf. Lettre 225). Cette dévotion, qu'il doit à Bérulle et à Condren, il la présente avec une telle richesse d'images et de symboles qu'il l'a vraiment faite sienne, dit Bremond (t. III, p. 494). Il s'y arrête avec une complaisance particulière. On sent qu'il parle de l'abondance de son coeur. La plume court rapidement sans arrêt, sans retouche, avec clarté et plénitude: Calamus scribae velociter scribentis. C'est le coeur d'un fils tout dévoué qui déborde de reconnaissance et d'amour. Cette dévotion n'est pas surtout de sentiment; elle a une base dogmatique qui est toute paulinienne."[2]

 

 

Intérêt de ces extraits

 

Ce qui semble attirer Olier c'est la modalité avec laquelle, en laquelle Jésus se trouve en Marie. C'est une modalité divine de son action en elle: il se fait connaître à elle et il se fait aimer par elle! Cette modalité de présence et d'action du Christ en Marie, comparée à la modalité de son existence dans les autres âmes, est la plus haute. Elle est l'objet de la contemplation d'Olier! De même, ce qui caractérise l'enseignement de St Jean de la Croix – et c'est justement ce à quoi nous sommes appelés - est "la modalité divine" elle-même de connaître et d'aimer Dieu. Il estime que Dieu vous nous la communiquer et qu'il ne faut rien lui opposer. Saint Jean de la Croix s'insurge avec sainte colère face de toute altération de cette plénitude. Il ne manque pas d'ailleurs de signaler – même si c'est brièvement - l'exemple de Marie! Le Père Louis Guillet ocd lui aussi a attiré notre attention au "mode divin". Il en a été toujours marqué. Et c'est ce que l'on ressent en lisant rien que le début du Château intérieur de sainte Thérèse de Jésus. Elle est fascinée par cette plénitude de "résidence" du Christ dans une âme! Ne sommes-nous pas au centre de notre vocation chrétienne en touchant cette problématique?

 

Le "divin intérieur" de Marie – expression d'Olier pour désigner ce don de Dieu - est tout simplement son esprit. Ce lieu merveilleux, divin, où elle ressemble à Dieu, où elle est revêtue de sa beauté, où elle participe pleinement à sa vie Trinitaire.

            Ce divin intérieur nous est donné! Marie nous fait participer à son divin intérieur, à sa capacité de connaître et d'aimer Jésus! D'où l'intérêt essentiel pour notre foi de ces lettres! On comprend alors la prière d'Olier:

 

"Jésus qui vivez en Marie,

en la beauté de vos vertus,

en l'éminence de vos pouvoirs,

en la splendeur de vos richesses éternelles et divines,

donnez-nous part à cette sainteté qui l'applique uniquement à Dieu etc…"

 

 

Volume I:

 

Lettre 103 A l'un de ses disciples [2 juillet 1643]:

 

Lettre 221 A Mme De Saujon [Issy, fin juin 1651]:

 

Ce matin j'ai été averti intérieurement que c'était en ce jour solennel (la Visitation) que nous devions honorer cette vie intérieure de Jésus en Marie et ses opérations merveilleuses en elle, et par elle en l'Eglise dont les prémices ont été si augustes et si éclatantes en saint Jean.

 

 

Lettre 225 A Mme De Saujon [Vers le 16 juillet 1651]:

 

L'obligation particulière où Dieu vous met d'honorer la vie de Jésus en Marie et que vous croissiez tous les jours dans le désir de vous consacrer à ce divin mystère pour l'adorer et pour lui rendre tous les devoirs de votre religion. ce qu'est Notre Seigneur à son Eglise, il l'est par excellence à sa très saint Mère. [N.S.] est sa plénitude intérieure et divine: et comme il s'est sacrifié plus particulièrement pour elle que pour toute l'Eglise, il lui donne la vie de Dieu plus abondamment qu'à toute l'Eglise; et il la lui donne même par gratitude, et en reconnaissance de la vie qu'il a reçu d'elle.

[..] Jésus est maintenant en elle, lui donnant toute la plénitude et la surabondance de vie convenable à un si vaste sujet d'amour, et à une capacité si grande de sa dilection et de sa vie divine.

Il faut donc considérer Jésus-Christ notre Tout vivant en la Très sainte Vierge en la plénitude de la vie de Dieu: tant de celle qu'il a reçue de son Père que de celle qu'il a acquise et méritée aux hommes par le ministère de la vie de sa Mère. Car c'est en elle où il fait voir tous les trésors de ses richesses, l'éclat de sa beauté et les délices de sa vie divine. C'est là où l'on voit en raccourci la gloire (que ses ignominies ont attirée sur l'Eglise) toute la joie et félicité qu'il lui a acquise par ses souffrances et toutes les richesses qu'il nous a méritées par la misère et la pauvreté de la Croix.

Là Jésus-Christ triomphe en ses dons.

Là il est glorieux du chef d'oeuvre qu'il fait

là il est en sa joie et en la couche des délices qu'il s'est acquise et qu'il s'est préparée.

 

O séjour adorable que celui de Jésus en Marie!

O secret digne du silence!

O mystère profond digne d'adoration

O commerce incompréhensible!

O société de Jésus et de Marie inaccessible aux yeux de tout créature!

[..] qui seront ceux qui pourront voir cette demeure cette habitation céleste et divine de Jésus en Marie et de Marie en Jésus. Cette demeure est semblable à celle de Jésus en Dieu son Père et de son Père en Lui. Sa divine Mère, surpasse autant le reste de l'Eglise, que la lumière du soleil surpasse celle de tous les astres. Vous ne pouvez avoir en partage un mystère à adorer plus glorieux à Dieu plus agréable à Jésus-Christ plus utile et plus précieux à votre état.

Cet auguste et ce solide mystère

cet honneur sublime que Dieu vous fait de vous y appliquer.

Qu'y a-t-il de plus doux et de plus agréable à Jésus-Christ que de l'aller chercher dans le lieu de ses délices, sur ce trône de grâce au milieu de cette adorable fournaise du saint amour pour le bien de tous les hommes.

Quelle source plus abondante de grâce et de vie que ce lieu où habite Jésus comme en la source de la vie des hommes et en la mère nourrice de toute son Eglise?

Allons ensemble jouir de ce bonheur, et profiter des ouvertures que son amour nous y donne.

 

 

Lettre 234 A Mme De Saujon [28 octobre 1651]:

 

Je suis consolé voyant la joie et le goût que vous prenez aux choses qui regardent la divine Mère, en qui vous devez établir tout votre intérieur. Il me semble que notre aimable Tout est si content qu'on adore, qu'on imite et qu'on fasse connaître et honorer la vie divine de Jésus et de Marie, que nous ne devrions faire autre chose en ce monde.

[...] Que j'ai de joie que Jésus et Marie désirent renouveler en terre leur vie inséparable en leur religion et leurs respects envers Dieu! Il n'y a rien de plus admirable que cette vie de Jésus en Marie. Cette sainte vie qu'il répand continuellement en elle, cette vie divine dont il l'anime aimant en elle et y louant et adorant Dieu son Père comme digne supplément de son coeur, dans lequel il se dilate avec plaisir. Toute la vie de Jésus et tout son amour dans le reste de l'Eglise et même dans ses apôtres et dans ses plus chers disciples, n'est rien en comparaison de ce qu'il est dans le coeur de Marie. Il y habite en plénitude, il y opère en l'étendue de son divin Esprit, il n'est qu'un coeur, qu'une âme, qu'une vie avec elle. Il n'y a rien de plus admirable que cette union cette sainte et mystérieuse unité. C'est une chose en sa consommation, qui ne se peut comprendre: et ce qui est en cela de consolant, c'est que ce chef-d'oeuvre est pour durer toujours.

O que Jésus est adorable dans sa Mère!

On ne peut pas comprendre ce qu'il y est, et de quelle manière Dieu le fait être à elle, et se rend en elle tout elle-même[?]. C'est une oeuvre de foi, et plus est de foi, plus saint et divin, et donne plus à goûter dans l'intime de l'âme. C'est un abîme d'amour et de charité que l'on ne conçoit pas; car on ne peut connaître ni l'étendue de la dilection de Jésus envers Marie, ni la force et la pureté de l'amour de Marie envers Jésus.

[...] Je vous dirai encore que je ressentais ce matin à la prière l'union et la perte du coeur de Marie en Jésus, qui était un aliment, une vie et une joie parfaite à cette divine Mère.

[..] elle était plus en Jésus que toute créature. Le reste des personnes [...] tout y paraît grossier et séparé de Jésus, en comparaison des dispositions et de l'état très pur et très saint de Marie.

[...] Je désire de tout mon coeur que la divine Mère achève son ouvrage en vous pour toute l'éternité, et qu'elle vous tienne toujours perdue en elle afin que vous ne puissiez rien sur vous, et que ni Satan ni le monde ni aucune créature ne trouvent accès pour blesser votre coeur qui doit être inviolable en l'imitation de Marie.

 

 

Lettre 235 A Mme De Saujon [Fin octobre 1651]:

 

Bénis soient Jésus et Marie dans la sainteté de leur état divin où la seule foi peut nous donner accès durant la vie présente.

[...] Il faut particulièrement en ces temps nous abîmer en Marie pour entrer en toutes ses dispositions envers Jésus-Christ et envers son Père. Car elle est la Mère de l'un, et la sainte Epouse de l'autre et nous ne sourions trouver ailleurs de quoi rassasier mieux nos coeurs dans l'amour que nous leur devons et dans la société qu'il faut que nous ayons avec le Père et le Fils.

[...] Avoir plus d'union et plus de liaison avec la sainte Vierge

[...] il n'y a qu'elle seule qui puisse fournir et suppléer abondamment à nos devoirs, et aux hommages que nous sommes obligés de lui rendre.

[...] s'unir à son intérieur

[...] Ce Père plein d'amour pour son Fils veut qu'elle (l'Eglise) soit unie à la très sainte Vierge pour rendre en elle et par elle ses devoirs à Jésus qui est l'objet continuel de sa religion.

Par ce moyen vous irez toujours croissant et vous avançant dans l'intérieur de Dieu même. Car la sainte Vierge, comme son Epouse, habite le plus intime de son sein; et Jésus en elle, comme votre divine voie, vous conduira dans ce lieu de délices.

 

 

Lettre 237 A Mme de Saujon. [Novembre 1651]:

 

[...] je ne doute point qu'il (N.S.) ne m'ouvre de plus en plus son coeur sur le sujet de Jésus et de Marie [...]

 

Lettre 238 A Mme de Saujon [Mi-novembre 1651]:

 

[C'est incontestablement une des lettres les plus sublimes]

 

[...] Jésus-Christ [...] m'a fait si doucement goûter ce matin ce qu'il était à la très sainte Vierge qu'il ne m'a point laissé de repos qu'il ne m'ait fait protester, devant son Père, que j'étais à Marie tout ce qu'il lui était, pour une éternité.

[...] ensuite [...] de voir, goûter et sentir en moi-même ce qu'était Marie à Jésus, combien elle était tout à Lui et plus à Lui, mille fois, et en lui-même, qu'elle n'était en soi et à soi.

C'est une chose inconcevable de voir cet être saint de l'âme de Marie perdu absolument en Jésus, de voir comment elle habite profondément en Lui, comme le propre en elle est détruit et anéanti et comme l'on n'y voit et ressent qu'un abandon total et absolu délaissement; mais plus que tout cela, une donation si vive, si ardente, si pressante qu'elle est en acte perpétuel de livraison, mais désire toujours de plus en plus d'être à Jésus, faisant sentir par ses ardents désirs qu'il [lui] semble n'être pas encore assez à Lui, y voulant être encore davantage s'il lui était possible.

Allez, ma fille, allez toujours croissant en Marie dans l'amour de Jésus.

[...] voir et porter cela dans mon oraison. Il me semblait de voir le divin intérieur de Marie, vivante en terre avec Jésus-Christ, qui allait toujours Croissant dans les désirs de lui appartenir et d'être à Jésus pour Dieu croyant n'y être jamais assez.

O ma fille, la divine chose de cette divine société de cette adorable unité de Marie et Jésus! Oh! qu'il se faut bien consacrer à Dieu pour honorer et adorer cette admirable liaison et ce divin chef-d'oeuvre d'amour qui est si peu connu et aimé dans la terre!

Je me donne plus que jamais à Jésus pour entrer avec Lui dans la divine société de sa Mère, pour être en lui ce qui lui était [pour Marie] […] dilater et multiplier non seulement sa religion vers son Père, mais aussi son amour vers sa Mère.

 

Lettre 239 A Mme de Saujon [Vers le même temps]:

 

Je suis dans un désir [...] pressant de voir la vie commune de Jésus et Marie pratiquée sur la terre [...] Rien ne m'a pressé le coeur plus ardemment et fortement que cette charité de Jésus [envers Marie]

[...] Jésus et Marie seront dans l'éternité les objets principaux de sa [Dieu le Père] complaisance, après la communication éternelle des trois personnes divines. [...] Vive l'amour de Dieu en Jésus et Marie! Je prie sa bonté qu'il veuille consommer en Lui [l'amour de Dieu en J et M] l'Eglise et ses plus chers enfants.

 

Lettre 245 A Mme de Saujon. [Derniers mois de 1651]:

 

Je prie Dieu, qui unit et consomme Jésus Christ et Marie en sa sublime unité et sainteté, qu'il communie son Eglise à sa grâce.

 

 

Lette 246 A Mme de Saujon. [Fin 1651]:

 

[Quelle merveille d'intuition!]

 

Sait-on bien que des âmes absentes s'entrevoient en Dieu, et s'entreparlent en sa bonté et son amour? Combien de fois croyez-vous que l'âme de Marie s'est rendue présente à Jésus absent, et comment Jésus parlait à Marie absente de corps, mais présente divinement à Lui? [ que c'est perspicace!!] Combien de fois Jésus vivant, traitant, parlant et conversant avec les hommes, était-il visité divinement et invisiblement à tous par sa divine Mère? Qu'est-ce que l'esprit d'amour ne lui faisait pas dire? Combien ces visites divines, quoique passagères, pourtant donnaient-elles de joie et de consolation à son âme? Il n'y a point de termes qui puissent exprimer ces élans du saint et fort amour de Jésus envers Marie [flammes, flamboiements]. C'était le soin que Dieu prenait de consoler et soulager ces deux coeurs qu'il avait si fortement et efficacement unis en son divin amour.

[...] Amour unique, divin Esprit, possédez à jamais en jésus et en Marie les âmes qui abandonnent tout pour être à vous.

 

 

 

Volume II:

 

 

Lettre 264 A Mme De Saujon. [Lyon, vers le 18 octobre 1652]:

 

Je prie Dieu qu'en aucun moment de ma vie je n'aie de regard intérieur que vers la sainte Vierge pleine de Jésus, de laquelle l'ordre de Dieu m'a rendu si dépendant, que je ne trouve rien hors de là qui me touche.

J'ai demandé autrefois de tout mon coeur cette grâce: elle m'est maintenant présentée, et je la tiens infiniment chère à mon âme, de même que je la souhaite à la vôtre, selon le saint désir de Dieu, qui me paraît tel sur vous.

 

 

Lettre 276 A Mme De Saujon. Décembre 1652:

 

Lettre 326 A Mme De Saujon. [Vers le 8 septembre 1653]:

 

Ce mystère de la Nativité de Notre-Dame est la Nativité de Jésus-Christ anticipée, et une préparation admirable à sa sainte naissance sur la terre. [Il est question d'un recueil d'Olier sur la sainte Vierge. cf note 3 p.199] Vouez-vous bien à Jésus en Marie naissante dans le monde, et vous liez à lui en elle, afin de ne vivre que pour lui par elle,...

La vraie charité se porte aux oeuvres délaissées, et la véritable religion va au respect des mystères oubliés, sacrifions nos vies au respect et à l'amour de celui-ci, qui est si peu connu, et encore moins honoré dans le monde, et je vous assure qu'un jour la mère du bel amour saura bien nous le rendre.

Cela n'empêche pas que vous alliez aussi pour le [Jésus-Christ] trouver en la très sainte Vierge, où il est comme dans un tabernacle, dans un saint ciboire, et sous un ciel plus riche, que ne sont ces dais magnifiques sous lesquels on l'expose sur les autels. C'est là où il se plaît d'être adoré, aimé et invoqué de tous les hommes; c'est là où il est ravi de recevoir nos hommages. En un mot, c'est là son paradis de délices, les séjour de ses amours, le lieu de ses richesses et de ses gloires: et cependant, c'est là où il est presque inconnu, et où il n'est ni recherché ni visité comme il mérite.

Vous me direz aussi peut-être, que vous ne sauriez avoir de dévotion à ce mystère, parce qu'il est passé. Il est vrai qu'il est passé en son état extérieur; mais pour l'intérieur, il est toujours vivant et subsistant en sa grâce, en sa vertu, en ses perfections divines. Car la sainte Vierge porte toujours, comme Jésus, son même intérieur; et tout ce qu'elle a jamais eu de vertus, de grâces, de sentiments de Dieu et de dispositions saintes, est permanent en elle; en sorte que dans la foi nous le trouvons toujours le même. Hé quel bonheur que Dieu nous offre un tel trésor, et nous ouvre cette belle porte pour entrer en son royaume!

 

Lettre 334 A Thérèse d'Aubray Bourbon. [Mai 1654]:

 

Il faut que vous laissiez tout votre intérieur et votre extérieur à l'esprit de Marie, lequel vous possédant pleinement, doit faire lui seul l'usage de tout vous-même, ne souffrant pas que rien de la créature extérieure trouve place en vous.

 

Lettre 339 A Mme de Saujon. [Vers juillet-août 1654]:

 

vous demeurez revêtue de la très sainte Vierge, en laquelle je vous désire toujours retirée et renfermée pour la gloire de Dieu, pour l'édification du prochain et pour votre propre paix. La première conduite ne vous causera jamais que perplexité et trouble; et la seconde, au contraire, qui est la perte de vous-même en votre aimable et sainte prison, qui est la sainte Vierge, vous donnera toujours la liberté et la paix.

..le recueillement en foi dans la très sainte Vierge vous met en repos et en paix, faisant évanouir la multiplicité des choses futures, c'est-à-dire incertaines et vaines de ce monde et des créatures.

 

Lettre 340 A un ecclésiastique de Saint-Sulpice. [Vers mi-septembre 1654]:

 

Dieu met en leur divine Mère tout ce qu'il y aura jusqu'à le fin des siècles de plus grand et de plus admirable dans la splendeur des saints, et que tout ce que Notre-Seigneur répand de clarté et de grâce hors de lui-même, elle le contient en soi dès le premier moment de sa vie!

Il me semble que la vie, non seulement d'un homme, mais de l'Eglise entière, serait bien employée dans la vénération de ce mystère [de la nativité de la Vierge, décrit plus haut] et dans la reconnaissance de cette grâce. Pour moi, j'y consacre ma vie, et m'estime bienheureux que tous mes jours lui rendent hommage. Je reconnais devoir la vie de mon âme et de mon corps à ce divin mystère, et je me voue à Dieu, pour employer tous mes moments à le faire honorer.

 

 

Lettre 351 A Mme de Saujon. [Jeudi 5 Août 1656 (N-D des Neiges)]

 

cette fête d'aujourd'hui dédiée à la très sainte Vierge comme temple vivant du Fils de Dieu

 

 

Lettre 353 A Charle Picoté. [Fin 1656 ou début 1657]:

 

Depuis quelque temps je ne me suis point séparé de l'intérieur de la très sainte Vierge, en laquelle je trouve tout ce que je puis désirer sur la terre.

 

Lettre 396 A l'une de ses filles spirituelles:

 

Puisque votre cher Epoux en [de votre coeur] est jaloux, particulièrement dans ces temps où il vous sépare de toute créature, pour vous avoir à lui tout seul, demeurez en lui et avec lui en la très sainte Vierge. C'est cette solitude où vous sentez que votre âme est attirée, et c'est celle que vous devez garder avec fidélité à votre unique Epoux, et où vous trouverez tout ce que vous pouvez désirer sur la terre.

 

Lettre 414

 

Lettre 415 A l'une de ses filles spirituelles:

 

[Cette lettre est une perle! Omnipotens supplex]

 

vous devez suivre l'attrait que Notre-Seigneur vous donne de vous retirer en la très sainte Vierge.

Jésus-Christ, qui s'est établi en elle comme dans un trône de grâce et de miséricorde, vous y attire maintenant avec plus de force et plus de suavité que jamais.. Allez donc à elle en toute confiance; car il n'y a rien qu'elle ne puisse sur l'esprit de son Fils, par le principe de l'amour qu'il lui porte, duquel il ne se relâche jamais.

Si dans la nature il se trouve des amours si puissants, qu'ils réduisent des hommes à n'avoir rien à eux, et à n'être plus rien à eux, pour être tout à ce qu'ils aiment, en sorte que l'amant fait tout ce qu'il veut de la personne aimée; que sera-ce de celui de Jésus envers sa Mère, qui est si grand et si puissant, qu'on ne le peut comprendre? Car il est tellement à elle, qu'elle dispose de lui, qu'elle peut tout sur lui, qu'elle en fait tout ce qu'elle veut, qu'elle use de son pouvoir comme d'une chose qui est à elle, et qu'elle l'applique à ce qu'elle veut; tant Jésus aime Marie, et d'un amour qui est principe de cette grande puissance. Vous voyez quelquefois et sentez en vous ces vérités, et Notre-Seigneur même vous a fait expérimenter cet amour pour vous faire concevoir celui de Jésus-Christ envers sa Mère, que vous voudriez publier partout, afin de donner du crédit à l'amour, et afin de faire entendre le pouvoir de Marie en l'Eglise, et ensuite de lui acquérir de l'amour et de l'honneur parmi le monde.

Il me semble voir Jésus et Marie tout consommé en un, qui ne sont qu'une même chose, et qui jouissent à plaisir de leurs innocents, purs et divins amours pour toute l'éternité. Je ne puis exprimer ce mutuel amour qui les transmet et les transporte l'un dans l'autre. Hélas! c'est un amour qui seul serait capable de faire un paradis. Alors le souhait du baiser, dont il est parlé dans les Cantiques, est accompli: l'épouse jouit de sa demande, elle confesse que l'Epoux l'a introduite dans son cellier; car elle regorge d'amour et des délices de l'Epoux. Elle l'a tenu si bien captif, depuis qu'il s'est laissé aller à elle, et qu'il lui a permis de le trouver, qu'elle ne l'a point voulu quitter, jusqu'à ce qu'elle soit entrée avec lui dans les cieux. Elle n'est plus dans la peine de demander où il repose en son midi, puisqu'elle jouit de lui dans le séjour de la gloire. C'est là qu'elle est toute revêtue du soleil, et qu'elle ne paraît plus en elle-même, mais en Jésus-Christ, en qui elle est toute transformée au beau jour de l'éternité. Soyez fidèle à vous perdre en elle en cette vie, et vous serez avec elle perdue en Jésus-Christ, et pour le temps et pour l'éternité.

 

 

416 A une de ses filles spirituelles:

 

Avez-vous oublié cette adorable vie de Jésus en Marie? cette vie qu'il répand en elle continuellement; cette vie dont il l'anime, aimant en elle, louant en elle et adorant en elle-même Dieu son Père, comme un digne supplément de son coeur, dans lequel il se dilate et se multiplie avec plaisir. Quelle est l'adorable et l'admirable consommation de cette âme en Jésus! O admirable consommateur, renouvelez cette vie, et la continuez en l'Eglise.

Souvenez-vous de ce que je vous ai dit autrefois, que la vie de Jésus et son amour dans le reste de son Eglise, et même de ses apôtres et de ses plus chers disciples, n'était rien approchant de ce qu'il est dans le coeur de Marie. Il y habite en plénitude. Il y opère en l'étendue de son divin esprit. Il n'est qu'un coeur, qu'une âme, qu'une vie avec elle. Toutes les autres créatures n'approchent point de ce qu'elle est. Combien de fois ce divin Sauveur a-t-il gémi au sortir de ses entretiens avec sa Mère, lorsqu'après avoir vu ce qu'elle était, il considérait le dureté et la propriété (intérêt propre ou personnel) des ses apôtres! Quel monstre à ses yeux, après avoir remarqué l'anéantissement de Marie, de voir les recherches propres de ses disciples! Ouvrons, ouvrons nos coeurs à Jésus-Christ, et laissons-nous à lui pour être tout pénétrés de cette admirable vie qu'il répand en cette divine créature. Entrons dans l'amour de Jésus envers Marie, et dans les respect de Marie pour Jésus, et souvenons-nous que jamais leurs amours n'ont eu de langueurs, quoiqu'ils aient été traversés et remplis d'amertumes, mais qu'ils ont toujours été croissants jusqu'à leur totale consommation dans le ciel. Vous savez bien que c'est l'union à ce  divin mystère qui fait le même effet dans les âmes; et vous voyez assez où va cette dévotion pour le repos et la tranquillité de votre coeur. Adieu.

Voici un exercice qui vous pourra servir pour honorer Jésus-Christ vivant en la très sainte Vierge, et dont vous userez selon votre attrait.

Je vous adore, ô mon divin Jésus, résidant et vivant en la très sainte Vierge.

J'adore vos grandeurs et vos perfections dont son âme est revêtue.

J'adore votre règne sur elle et l'absolu pouvoir qui régit tout son être.

J'adore votre vie, qui rempli et anime son coeur et toutes ses puissances.

J'adore l'abondance des dons, la plénitude des vertus, et la fécondité des grâces que vous mettez en elle pour toute votre Eglise:

Divin Jésus, régnez en elle, et par elle sur nous à jamais.

Divin Seigneur, votre puissance est adorable, votre joug et votre règne est toujours suave, mais il n'est jamais plus suave que sous ce trône d'amour.

Que volontiers nous venons aux pieds de ce saint tabernacle vous y rendre nos devoirs, et vous prier de détruire en nous ce qui s'oppose à votre règne et à votre vie!

Divin Jésus, vivifiez nos coeurs; ne soufrez plus en nous d'autre vie que la vôtre; détruisez et anéantissez tout ce qui lui est contraire. Faites en nous comme en votre Mère; que vous y soyez tout seul vivant, et que tout ce qui est mortel soit absorbé en votre vie.

Faites que les vertus de votre esprit s'établissent en nous comme en elle, et qu'en sa même vertu tout ce qui se sent de la corruption de la chair soit détruit et anéanti.

Quelle admirable communion que celle qui se fait de l'esprit, de la vie et des vertus de Jésus dans votre âme, ô ma divine Mère! Il me semble que vous n'êtes qu'une avec Jésus, tant il est en vous, et vous consomme en lui.

Adorable modèle de la communion des chrétiens, plût à Dieu que votre divin souvenir pût remplir notre âme de sa sainte abondance, et de la plénitude de sa vie comme il vous vivifie, ô divine Maîtresse!

Divin Jésus, vivez en nous par votre Mère, et répandez en nous la plénitude de vos dons et de vos saintes grâces, pour être un avec vous et avec votre très chère Mère.

 

432 A un de ses disciples:

 

Monsieur,

 

Honorez particulièrement, dans le mystère que l'Eglise nous propose en ces jours (l'avent), la vie de Notre-Seigneur en la très sainte Vierge. Jamais communion n'a été plus parfaite, jamais possession n'a été plus commune que celle de Jésus et de Marie. Le fils de Dieu disait autrefois à son Père: Tous ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi, n'y ayant rien en eux qui ne leur fût commun; en quoi consiste la vraie et la parfaite société du Père et du Fils dans l'éternité. Or, il en est de même de Jésus et de sa Mère dans le temps. Tout ce qui est à moi, lui dit-il, est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi, ou pour mieux dire, tout est commun entre nous. Je n'ai qu'un même esprit avec vous; j'ai les mêmes mouvements et les mêmes dispositions que vous en toutes choses; tout est un parfaitement en nous.

Or cet anéantissement de toute propriété est le principe et le fondement de toute parfaite société et unité dans l'Eglise: et comme jamais il  n'y a eu d'âme si anéantie en soi, ni si pleine de Jésus que Marie; comme il n'y a rien où Jésus ait habité avec plus de plénitude qu'en sa Mère, en laquelle il vivait et triomphait de tout, la rendant parfaitement une en lui, de là vient que nous ne saurions prendre un modèle plus saint, plus pur, ni plus parfait pour notre petite société, que celle-ci, qui établit les sujets entre eux dans une unité toute divine.

Jésus-Christ, notre maître, infiniment jaloux d'être vu, aimé et adoré en cette société divine avec sa Mère, ne la propose pas simplement à l'Eglise comme dévotion d'engagement et d'obligation; car il est vrai qu'il vit en sa divine Mère en des manières si nécessaires à sa famille, qu'il veut qu'elle soit obligée d'aller à elle de sa défaillance.

Il vit en elle comme dans son temple; car il y est victime de l'amour de son Père, et il y consomme sa Mère, pour la faire avec lui une hostie de louange. Il vit aussi en elle comme dans les couches de ses délices, lui communiquant ses joies et ses consolations, mais les lui communiquant comme à sa chère Epouse et d'une façon particulière à son unique amante, qui a ses prérogatives d'amour qui ne se communiquent point à aucun autre. En sorte que, comme Dieu le Père a ses délices en son Fils, et des complaisances singulière pour lui, qu'il n'a point pour tous les hommes; ainsi Notre-Seigneur en a-t-il de toutes spéciales pour sa divine Mère, qui est la toute belle, et son unique amante[3].

Dieu le Père a pour son Fils des grâces qui ne seront données à aucun autre qu'à lui seul; et Jésus-Christ de même a des grâces éminentes, qu'il ne fera jamais passer en aucun autre qu'en sa divine Mère; et quoique choisissant la très sainte Vierge pour la Mère de son corps naturel, il l'ait, en même temps, choisie pour être Mère de son Eglise qui est son corps mystique, qu'elle nourrit de la grâce et la vie de son Fils, elle a néanmoins en elle-même des dons et des grâces particulières, qu'elle porte en son âme comme le caractère du singulier et de l'unique amour de Jésus-Christ.

Les anges dans le ciel, quoiqu'ils donnent aux inférieurs leur lumière et leur vie, se réservent toutefois chacun en leur particulier, quelque appropriation de grâces qu'ils ne répandent par sur les autres; et dans le Coeur de la très sainte Vierge, Jésus-Christ y a mis des dons singuliers qu'elle seule possède qui ne seront jamais donnés à aucune autre créature; et je ne sais même si les anges les comprennent et si jamais ils seront découverts aux bienheureux, étant toujours très vrai que la singularité de ces dons ne sera jamais mise en commun avec personne. C'est le cache que Jésus-Christ a mis sur son Coeur, que je crois que personne ne lèvera jamais.

Jésus-Christ a levé les sept sceaux et les sept caractères qui tenaient renfermés en lui ces grands mystères de son amour envers son Eglise, qui se débordent et se communiquent par les dons et par les sacrements. Cet adorable vainqueur les a levés en découvrant par ses présents son saint amour à ses fidèles. Mais pour ce feu divin dont il brûle pour la très saint Vierge, il ne l'a jamais entièrement découvert, et ne le manifeste qu'à elle. Nous devons nous contenter d'adorer ce mystère inexplicable en ses expressions secrètes et singulières de l'amour de Jésus envers Marie; et il faut que notre religion confesse qu'elle n'a que le silence et la nuit de la foi pour ce mystère.

Outre un nombre innombrable de qualités et de prérogatives, selon lesquelles Notre-Seigneur habite en sa très sainte Mère, il est en elle source de vie pour l'Eglise; et comme Dieu ayant donné son Fils, en récompense de ce qu'il était mort pour hommes la qualité du Père du siècle futur[4], et l'ayant mis à sa place pour être naturellement et plus sortablement à notre état le Père des vivants, il lui a donné la plénitude de la vie qui doit nourrir les hommes; de même, vivant en sa Mère, il la met en communion de sa vie pour l'Eglise; et, toute stérile qu'elle est, comme dit le Prophète[5], il la rend Mère de tous ses membres, et d'un nombre innombrables d'enfants qui se nourrissent du lait de ses mamelles, et s'abreuvent de la substance dont Jésus-Christ la vivifie. C'est où il appelle toute l'Eglise; c'est où il désire qu'aillent ses enfants pour être faits participants du pur amour et de la belle dilection. C'est en son sein où l'on cueille les fruits de la sainte honnêteté, comme dit l'Ecriture[6]; en un mot, c'est en elle que Jésus-Christ réside comme source de vie; car il la met en société de la vie qu'il a reçue de son Père pour abreuver et nourrir l'Eglise, qui est cette fille unique que ce Père adorable a engendrée en Marie en engendrant son Fils.

C'est ce qui est exprimé par ces paroles du Prophète[7]: Homo et homo natus est in ea: L'homme et l'homme est né en la très sainte Vierge. L'homme et l'homme, c'est-à-dire Jésus-Christ et son Eglise, parce que Jésus-Christ naissant dans les entrailles de sa Mère, toute l'Eglise y est née en même temps avec lui; car Notre-Seigneur recevant en soi la plénitude du Père, a reçu en même temps la vie suffisante et nécessaire pour vivifier tous ses membres; et Dieu le Père communiquant continuellement à son Fils cette vie divine pour la conserver à l'Eglise, est toujours en lui versant la nourriture de l'Eglise avec la sienne. Et comme Jésus-Christ, uni intimement à sa divine Mère, reçoit la vie pour soi et pour toute l'Eglise, il se trouve que la très sainte Vierge, participante de cette vie divine, devient aussi en son Fils Jésus-Christ la Mère nourrice de l'Eglise. Ainsi, par une dépendance très absolue, Dieu le Père attache tous ses enfants à ce sein adorable, à ce sein très aimable; et l'Eglise se sent tous les jours infiniment heureuse que le sang et la substance de Jésus-Christ se changent en lait pour elle dans les mamelles de la très sainte Vierge.

Il faut donc que nous allions sucer ce lait, ce sang et cette substance divine avec amour et avec joie, reconnaissant que Dieu nous y assujettit et que l'Eglise nous y appelle. Bienheureuse l'âme qui ne voit plus que Jésus et Marie; qui ne converse plus qu'avec Jésus et Marie; qui n'a plus de joie, ne de désir en ce monde, que de savoir des nouvelles de Marie en Jésus et de Jésus en Marie. C'est un moyen merveilleux que Dieu nous présente pour l'occupation sainte de notre vie, pendant le séjour fâcheux du siècle présent. C'est où je vous souhaite abîmé, et tout perdu afin que le monde ne vous voie plus et que vous soyez par ce moyen caché à toutes les créatures.

 

448  A un prêtre nouvellement ordonné.

 

L'état du sacerdoce où vous êtes maintenant, vous oblige à avoir un amour tout particulier pour cette divine princesse. Et il me semble que tous les prêtres et tous les clercs ont des raisons biens pressantes pour les engager à cette dévotion.

 

La première est l'amour que lui porte Notre Seigneur; car, si l'Esprit de Jésus vit en eux, comme il ne peut y être oisif et inutile, et qu'il remplit de ses inclinations les âmes où il habite, il doit vivifier et animer d'abord leur coeur de sentiments d'amour envers la saint Vierge, parce que c'est l'amour le plus pressant et le plus fort qui l'anime lui-même,  après celui qu'il porte à Dieu son Père.

 

La seconde est l'amour excessif qu'elle porte à Jésus-Christ; car comme elle est toute pour lui; qu'elle n'a d'être, de vie, ni de mouvement que pour lui; qu'elle ne respire, ne voit, ne parle, et n'opère intérieurement et extérieurement que pour lui, le prêtre doit être ravi de se pouvoir lier à l'intérieur de la très sainte Vierge, parce que d'abord qu'une âme y est bien unie, elle se sent portée par son amour à Jésus-Christ, et elle entre en même temps dans ces voies saintes et ardentes du pur amour envers Jésus, qui est tout le trésor du prêtre.

 

La troisième est le charme qu'elle a en soi selon le sentiment des saints Pères, et selon l'expérience de l'Eglise, pour attirer puissamment les âmes à Jésus-Christ. C'est pourquoi ils l'appellent l'appât de la Divinité: Esca spiritalis hami, qui est Divinitas. Dieu, qui veut tirer les âmes à son Fils, se sert de la douceur et de la suavité de la sainte Vierge, comme d'un appât au bout d'une ligne, pour y prendre les hommes. De sorte qu'en cette divine créature, les prêtres trouveront le charme et la suavité qui leur est nécessaire pour attirer les âmes à Jésus-Christ, selon leur devoir et leur obligation, et pour cela ils doivent se tenir intimement unis à elle et se perdre en elle.

 

La quatrième est la qualité de Mère de Jésus-Christ, car comme Mère elle a la fécondité pour le produire dans les âmes. C'est pourquoi les prêtres, qui sont obligés de le former dans les coeurs, doivent vivre incessamment en elle, afin qu'étant rendus participants de cette divine vertu de Dieu le Père qui la rend féconde, ils puissent s'acquitter dignement d'un si saint ministère.

 

 

Dévotion à la vie intérieure

de Jésus en Marie

(Nous ignorons la provenance de ce texte; peut-être Faillon et Olier)

 

 

Le Fils de Dieu a promis à chaque âme de l'Eglise, qu'il vivrait en elle, et qu'elle vivrait en Lui; et cela, de même que Dieu le Père habite en Lui et que Lui habite dans son Père.

Cette prophétie a été parfaitement accomplie en la très sainte Vierge, dans laquelle Jésus-Christ vivait tout autrement, qu'il ne vivait pas en toute l'Eglise entière. A l'Eglise, il ne donne que quelque portion de sa vie divine: il la communique à Marie tellement en plénitude, et dans une telle éminence, qu'il n'y a rien de comparable dans toutes les autres effusions de ses dons.

 

Il faut donc le considérer vivant en Marie pour contenter davantage Notre Seigneur, il faut le regarder résidant en Marie, comme dans l'achèvement de son amour et de sa complaisance.

Car si Marie est nommée par l'Eglise, l'Arche d'alliance c'est afin que nous allions honorer en elle Jésus Christ qui y réside pour y recevoir nos hommages.

 

En Marie il est comme dans un Trône où il veut être honoré dans un Tabernacle où il veut être adorer, sa demeure et sa résidence au sein de sa divine Mère lui est, comme homme, une félicité et une béatitude de laquelle il ne se séparera jamais  soit qu'on considère Jésus Christ comme résidant dans le Ciel soit qu'on l'envisage au Très Saint Sacrement de l'autel ou enfin en nous-mêmes. On ne doit pas le regarder comme séparé de sa divine Mère. Là on peut aller à Jésus vivant en Marie. Il est lui-même la vie éminente de sa divine Mère qui est sa diffusion première la participation la plus féconde qui descend hors de lui et pas laquelle il la remplit éminemment de toute la substance sont il forme son Eglise. (Marie offre de sa substance sur la Croix)

Par conséquent l'on peut aspirer à l'union et à la participation de cette même vie, communiquée à Marie. Cette vie adorable de Jésus en Marie ce degré d'éminence se inconnu si peu aimé et respecté jusqu'à présent.

Il est juste à présent de s'appliquer aux saints mystères que dans le progrès des siècles, la providence de Dieu prend plaisir à manifester.

La communications de Jésus à Marie est le mystère des mystères: elle est la plus parfaite la possession la plus éminente de Jésus Christ en toutes des vertus.

Il faut donc nous estimer bienheureux, si Dieu nous appelle à honorer spécialement cette vie suraimable et suradorable de Jésus en Marie à respecter et à vénérer cette communication éminente qu'il lui fait de toutes ses vertus et à nous mettre ainsi en état d'avoir nous-mêmes quelque part à ce trésor incomparable.

 

Ceux qui la feront connaître, qui la propageront, qui éclaireront le mystère très caché de sa Maternité et de la vie inconnue de son Fils dans elle, auront part à la vie divine qu'elle possède en soi.

 

C'est pour cela qu'on avance plus à procurer la gloire de Dieu le bien de l'Eglise et sa propre perfection par l'union à Marie qu'en usant de toutes les autres pratiques qu'on pourrait employer.

 

*Cette occupation intérieure de l'âme de Jésus envers Marie

 

Il prend ses délices à trouver des coeurs disposés à recevoir les opérations de son amour envers elle et qui continuent ainsi la vie qu'il menait à son égard sur la terre, qui était tout son soulagement et qu'il mène encore dans le ciel.

 

Par cette dévotion à l'intérieur de Marie Jésus fait donc passer dans ses amis les plus chers  l'exercice le plus agréable de son esprit et l'emploi le plus doux de son Coeur.

Il les rend participants de son amour pour sa sainte Mère.

Un effet de la grâce de Saint Jean Evangéliste.

Les prêtres doivent s'unir sans cesse à Marie pour être rendus participants de cette divine vertu d'engendrer Jésus Christ dans les coeurs.

 

 

 



[1] Lettres de M. Olier, nouvelle édition par E. LEVESQUE PSS 2 vol., Paris, 1935.

[2] La table analytique indique les lettres et les nombreux passages des lettres relatifs à la Sainte Vierge. Plusieurs lettres comme la 415e et la 416e, expliquent le pouvoir de la Sainte Vierge dans l'Eglise et sa médiation "Cette vérité, dit le P. Faber (Le Saint-Sacrement, L. II,IV), est admirablement mise au jour dans les lettres de M. Olier. C'est un des traits principaux de l'admirable qui le distinguait." (Préface des lettres (ed. 1935) pp. XX-XXI)

[3] M. Olier a très souvent parlé de l'amour mutuel de Jésus et de Marie; il semble même, en lisant ses divers écrits, qu'il avait mission spéciale de faire connaître et honorer ce mystère. Il voulut qu'au séminaire de Saint-Sulpice l'autel de la tribune fût dédié à cet amour de Jésus pour Marie et de Marie pour Jésus.

[4] Is 9,6.

[5] Is 54,1.

[6] Ecl 24,23.

[7] Ps. 86,5, au sens accomodatice.