L'extrait qui suit des Oeuvres de saint Jean de la Croix (1545-1591) nous montre de manière très forte et claire son attachement au Christ et le fait qu'il le considère comme l'Unique canal de la Lumière Divine. Cette option pourrait nous sembler étroite, comme l'est la Porte étroite dont parle le Christ dans l'Evangile, mais elle ouvre (justement par cet effort de concentration sur le Christ, Dieu-homme) vers un paysage qui a pour horizon l'infini de Dieu!

 

Saint Jean de la Croix

Sur le Christ plénitude de la Révélation de Dieu

Montée du Carmel livre II chapitre 22 (extraits)

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  5     C'est pourquoi celui qui demanderait maintenant à Dieu ou qui voudrait quelque vision ou révélation, non seulement ferait une sottise, mais ferait injure à Dieu, ne jetant pas entièrement les yeux sur le Christ, sans vouloir quelque autre chose ou nouveauté. Car Dieu lui pourrait répondre de cette manière, disant:

 

"je vous ai déjà parlée, répondue, manifestée et révélée, vous le donnant pour frère, pour compagnon, pour maître, pour prix et pour récompense. Car depuis que j'ai descendu avec mon Esprit sur lui au mont de Thabor disant: Voici mon Fils bien-aimé, auquel je me suis plu, écoutez-le (Mt 17,5), j'ai cessé toutes ces manières d'instructions et de réponses et lui ai tout remis. Écoutez-le, car je n'ai plus de foi à révéler ni de choses à manifester. Que si je parlais auparavant, c'était en promettant le Christ; et si l'on m'interrogeait, ce n'était que pour demander et espérer le Christ, où ils devaient trouver toute sorte de bien (comme toute la doctrine des évangélistes et des apôtres le fait maintenant savoir). Mais à présent, qui m'interrogerait de même et voudrait que je lui répondisse ou que je lui révélasse quelque chose, ce serait, en quelque sorte, me redemander le Christ et me demander plus de foi et dire qu'il y a défaut en elle, qui est déjà donnée dans le Christ; et ainsi, il ferait grande injure à mon Fils bien- aimé; parce que non seulement en cela il manquerait à la foi, mais l'obligerait à s'incarner à nouveau et à passer par sa première vie et sa première mort. Tu n'as plus rien à me demander, ni à désirer des révélations ou visions de ma part. Regarde-le bien, tu y trouveras tout cela déjà fait et donné et encore plus.

 

  6     Si tu veux que je te dise un mot de consolation, regarde mon Fils, qui m'est si obéissant et soumis pour mon amour et qui est affligé, et tu ouïras ce qu'il te répondra. Si tu veux que je te déclare des choses occultes ou des événements, jette seulement les yeux sur lui et tu y trouveras des mystères très cachés et la sagesse et les merveilles de Dieu qui sont encloses en lui, selon que dit mon Apôtre: En lequel Fils de Dieu, tous les trésors de la sagesse et science de Dieu sont cachés (Col 2,3). Lesquels trésors de la sagesse seront pour toi beaucoup plus sublimes, plus savoureux et plus utiles que ce que tu veux savoir. Car pour cela le même Apôtre se glorifiait, disant qu'il avait donné à entendre qu'il ne savait autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié (1Co 2,2). Et si tu veux encore d'autres visions et révélations divines ou corporelles, regarde-le aussi humanisé, et tu y trouveras plus que tu ne penses, parce que l'Apôtre dit aussi que toute la plénitude de la divinité demeure corporellement dans le Christ (Col 2,9)."

 

  7     Il ne faut donc plus consulter Dieu de cette sorte, et il n'est pas nécessaire qu'il parle davantage, puisque ayant achevé de dire toute la foi dans le Christ, il n'a plus de foi à révéler ni n'en aura jamais plus. Et quiconque voudrait maintenant recevoir quelque chose par voie surnaturelle (comme il a été dit) ce serait comme arguer un défaut en Dieu, de n'avoir pas donné en son Fils tout ce qui était requis. Car, encore qu'on le fasse supposant la foi et la croyant, c'est une curiosité qui montre moins de foi. Donc, il ne faut point attendre ni doctrine ni autre chose par voie surnaturelle. Car lorsque le Christ dit en la croix ces paroles: Tout est consommé ( Jn 19,30 ), quand il expira, non seulement ces anciennes façons prirent fin, mais aussi toutes les cérémonies et coutumes de la vieille loi. Et ainsi nous nous devons gouverner en tout par la loi du Christ-Homme et par celle de son Église et de ses ministres, humainement et visiblement, et remédier par cette voie à nos ignorances et faiblesses spirituelles. Car nous trouverons par cette voie d'abondants remèdes à tout. Et ce qui sortira de ce chemin ne sera pas seulement curiosité, mais grande témérité; et il ne faut rien croire par voie surnaturelle, sinon seulement ce qui sera enseigné par le Christ-Homme (comme je le dis) et par ses ministres, hommes. De sorte que si un ange du ciel (dit saint Paul) vous annonce autre chose que ce que nous, hommes, vous avons prêché, qu'il soit maudit et excommunié ( Ga 1,8 ).