Extraits du Vénérable François Libermann sur Marie

(Extrait du livre de Sr Marie-Elie Jolivet et autres extraits)
    * Abandon filial à Marie
    * Effets du mystère de l'Incarnation en Marie
    * Silence et paix de la maison de Nazareth
    * La prière de Marie aux noces de Cana
    * Le trésor du Coeur de notre Mère
    * Avec Marie au pied de la Croix

 ABANDON FILIAL A MARIE   A un jeune missionnaire (Rome, 4 août 1846)

Heureux donc ceux qui souffrent: ils ne s'attacheront pas à ce monde qui passe, et ils tendront sans cesse vers celui qui ne passera pas, vers la céleste patrie, où Jésus nous attend avec les brillants rayons de gloire qui resplendissent autour de sa sainte Croix.
Il est bien certain que cette sensibilité est un don de Dieu, et qu'elle est une source de peines et de souffrances intellectuelles. Dieu nous aime, voilà pourquoi il nous fait passer par le creuset. J'aurais bien voulu pouvoir être auprès de vous pour vous encourager dans vos moments de peines; mais non, Jésus vous veut isolé pour quelques jours, il veut être lui seul votre consolateur. Soyez patient, doux, humble et paisible en sa très sainte présence. Lorsque vous éprouvez des tristesses, mettez-vous comme un enfant entre les bras de Marie. C'est notre gloire d'appartenir à Jésus crucifié, d'être les enfants du Coeur de Marie percé sans cesse par le glaive de la douleur; c'est notre gloire d'être nous-mêmes des enfants de douleur. Ce qui me coûte le plus, c'est de vous savoir isolé; mais je suis sûr que le bon Dieu vous donnera du courage, et que Marie sera avec vous.
Tâchez de vous occuper sans vous fatiguer; variez vos occupations, et coupez-les par la promenade et les distractions. Pour votre santé, évitez de vous inquiéter. Si cela va mieux, que Dieu soit béni; si cela ne va pas mieux, que Dieu soit béni également. Mettez votre sort entre les mains de Marie; soyez avec elle comme un petit enfant avec sa chère mère. Lui arrive-t-il du mal, il va aussitôt le montrer à sa mère. Il est bien moins préoccupé de la guérison que du désir de faire voir le mal à sa mère, afin qu'elle s'attendrisse sur lui et qu'elle lui fasse une petite caresse. La mère le console et lui panse sa plaie, et le petit, sans s'inquiéter de la guérison, sans s'en préoccuper, est content et tranquille. Sa mère lui a donné un baiser, elle lui a dit quelques petits mots d'amour, il est satisfait. Tenez-vous ainsi avec la bonne Mère, et souffrez avec amour tout ce qu'il plaît à Jésus de vous faire souffrir. (L.361)

 

EFFETS DU MYSTERE DE L'INCARNATION EN MARIE

La pureté et la sainteté de notre Mère allant toujours croissant, et son Coeur admirable qui doit être notre grand trésor, étant de plus en plus transporté d'amour, elle était aussi de la plus grande fidélité. Toutes ces grâces et ces dons portaient en elle des fruits, au-delà de tout ce que de pauvres gens comme nous peuvent concevoir. Les dons de Dieu en elle, restaient permanents, se développaient et s'agrandissaient même, lorsqu'ils étaient susceptibles d'agrandissement. Ainsi, quoique notre Seigneur ne soit pas resté corporellement vivant en Marie, cependant, l'union incompréhensible avec la Divinité, que l'Incarnation avait opérée en elle, demeura toute sa vie et restera pendant toute l'éternité. Tous les dons et toutes les grâces dont cette union a été précédée, accompagnée et suivie, seront à jamais l'ornement de l'âme sainte de Marie, ainsi que toutes les divines perfections qui lui furent communiquées par les trois Personnes adorables, dans leurs relations respectives avec elle. Ce grand mystère, renfermant en lui, comme dans son principe et en germe, toutes les grâces, tous les dons et tous les mystères du Dieu-Homme, Marie reçut, dans cet heureux moment  - de l'Incarnation -  le principe et le germe de toutes les grâces, de tous les dons et de tous les mystères qui se développaient en elle, à mesure qu'en venait le temps, et cela, avec le degré de perfection qui lui était particulier.
Aussi, nous demandons à Notre Seigneur de venir en nous pour y établir cette même vie, sinon dans la même perfection, au moins de la même manière que celle exprimée dans la prière... "O Jésus vivant en Marie"..., afin de nous communiquer les mêmes grâces, les mêmes dons renfermés dans tous

(L.S. et N.D. Strasbourg, à M.Dupont 1-4-1841   et    explication de la prière "O Jésus vivant en Marie" .)


SILENCE ET PAIX DE LA MAISON DE NAZARETH

Jésus, Marie et Joseph parlent très peu. Jésus, comme Prêtre, a de continuels hommages à rendre à son Père pour tous les hommes. Nous aurons un jour le même devoir à remplir, préparons-nous par le même silence. Marie et Joseph ont Jésus devant les yeux, et sont trop occupés à l'aimer, à l'adorer, à se réjouir et à l'imiter, pour pouvoir parler beaucoup.
Nous avons le même occupation, les mêmes devoirs,. Pourquoi nous répandons-nous sans cesse, hors de nous, par la multiplicité et la vivacité de nos paroles, par notre légèreté, notre indifférence ? Ce silence était intérieur aussi bien qu'extérieur.
Jésus parlait intérieurement à son Père pour le bénir et le louer; à Marie et à Joseph pour les sanctifier. Marie et Joseph parlaient intérieurement à Jésus pour l'admirer, l'aimer et l'imiter.

Moi, je parle... à tous et de tout ce qui m'environne; rarement à Dieu pour le glorifier, et rarement à Jésus pour l'aimer... Mais, en suis-je plus saint pour cela ? Lui suis-je plus agréable ?
Marie et Joseph ne parlaient que très peu au monde, et j'ai le malheur d'entendre rarement Jésus parler à mon coeur... Moi je parle souvent au monde, et j'ai le malheur d'entendre rarement Jésus parler à mon coeur...

Marie et Joseph jouissaient d'une parfaite paix, parce qu'ils étaient toujours auprès de Jésus, parce que leur esprit et leur coeur étaient dociles et souples en la présence de Jésus. La source de la paix est là.

(S.E.S. Sujets d'oraison: "Vie de Jésus dans la maison de Nazareth".)


LA PRIERE DE MARIE AUX NOCES DE CANA

"Il se fit des noces à Cana en Galilée, et le Mère de Jésus y était". Jn 2-1

Chez les Juifs, c'était une chose sainte que les noces: on y assistait par dévotion, et on faisait tout ce que l'on pouvait pour réjouir les deux époux. Cependant, il est à croire que Marie n'y assistait pas souvent, surtout en l'absence de Jésus...

Marie, présente au monde.

Mais le divin Esprit l'y conduisit, et elle, toujours parfaitement docile et soumise à sa sainte conduite, y alla sans hésiter...

C'était:
1° pour honorer Marie du premier miracle de son Fils, et pour que le commencement de son ministère eût lieu par l'intercession de Marie.

2° pour montrer à l'Eglise ce qu'elle doit attendre de Marie, par la figure de ce qu'elle a obtenu dans cette circonstance, c'est-à-dire la force dans ses combats, la consolation dans ses peines, et la joie par la prospérité qu'elle lui obtient sans cesse; car le vin est l'image de la force, de la joie et de la consolation.

3° pour montrer aussi, dès le commencement de l'Eglise chrétienne  - alors renfermée dans le petit nombre des disciples qui étaient avec Jésus, et figurée par les noces de Cana -  la toute-puissante intercession qu'a l'Eglise en Marie, qui fait anticiper notre Seigneur sur le temps destiné par la T.S.Trinité, et lui fait opérer des miracles dès ce temps.

Et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. Or, le vin manquant, la Mère de Jésus lui dit: "Ils n'ont plus de vin". Jn 2,2-3

... Comme la maison était déjà embaumée et remplie d'une joie céleste par la présence de la Mère, on devait désirer posséder le Fils avec ses disciples. Le Coeur de Marie est un vaste trésor; sa bouche est le canal de ce grand trésor... elle ne s'ouvre pas bien souvent, c'est pourquoi il faut ouvrir son âme pour recevoir avec avidité chacune de ses paroles, et les bien considérer.

Marie prie en Mère.

En ce moment, Marie prie son Fils, elle prie en Mère. Il faut bien faire attention à ceci: depuis que Marie a dit: "Ecce ancilla Domini", elle ne prie plus comme une servante, mais comme une Mère. Il faut voir les yeux de Marie, quand elle regarde modestement son Fils bien-aimé pour lui faire cette demande; il faut considérer son Coeur et les sentiments qui l'animent.
Elle veut deux choses: elle veut que la gloire de son Fils se manifeste en cette circonstance, et elle veut le bien et la consolation des convives: deux désirs ou deux volontés dignes de l'amour parfait du Coeur de Marie. La charité parfaite cherche à procurer même des biens temporels, non pour ces biens qui ne sont rien, mais pour la consolation spirituelle des âmes. Elle demande avec l'amour de la Mère de Dieu et avec l'autorité aussi qui convient à sa dignité de Mère. Elle est "Omnipotens supplex", la toute-puissance suppliante; "vinum non habent", ils n'ont plus de vin, dit-elle.

Vie de silence de Marie, en conversation tout intérieure avec Jésus.

La vie de Marie est une vie de silence; tous les prodiges de son incompréhensible amour étaient renfermés au-dedans. Lorsqu'il lui fallait parler, elle le faisait avec le moins de mots possible; même avec son Fils, elle parlait dans le silence seulement.
La conversation de Jésus et de Marie n'était entendue par aucune créature terrestre, parce qu'elle était tout intérieure et n'était pas même comprise par les anges. Elle était continuelle.
Et qui peut concevoir les communications inénarrables de Jésus et de Marie ! Mais il semble que leurs paroles extérieures auraient été faciles à compter. Ici, Marie est obligée de parler... et elle le fait en trois mots.

Marie nous apprend une manière admirable de prier.

Marie connaît le grand précepte de notre Seigneur sur la prière, qui ne consiste pas dans la multitude des paroles. Elle dit peu, mais son âme se répand en son Fils avec son amour ordinaire.
Marie enfin nous apprend en trois mots une manière admirable de prier; elle ne fait que montrer les besoins, et dans son coeur et dans ses yeux notre Seigneur a bien vu son désir.
C'est une manière très parfaite de prier, d'ouvrir les plaies de nos coeurs devant notre doux Maître, de reposer ensuite notre âme en lui, de nous abandonner à son très grand amour et à sa très grande miséricorde. D'attendre ainsi, dans une contemplation d'amour, l'effet de sa tendresse pour nous.

Et Jésus lui dit: 'Femme, qu'importe à moi et à vous? Mon heure n'est pas encore venue' Jn 2 - 4

... Il appelle Marie "mulier", "femme", pour montrer que ce n'est pas en sa qualité de mère, et comme par un ordre qu'elle allait être exaucée, mais comme par une prière. Cette prière de Marie est toute-puissante et toujours exaucée, parce que c'est une prière de la Mère de Dieu... mais c'est comme grâce et non comme devoir.

Marie demande comme une grâce.

Marie qui avait été amenée là, et inspirée par l'Esprit-Saint, son Epoux, n'avait pas non plus agi comme mère, ni voulu demander la chose comme un dû, mais elle demanda cela comme une grâce. Et Jésus, connaissant parfaitement bien les sentiments du Coeur de sa Mère  - puisque ce Coeur admirable ne faisait qu'un avec le sien, et que tous les sentiments de Marie venaient de lui -  Jésus, connaissant cela... parlait en même temps d'une toute autre manière à sa Mère dans l'intérieur de son Coeur.

Il lui fit comprendre parfaitement qu'elle était exaucée.

Il lui fit concevoir tout entiers les desseins de son Père, et lui it comprendre parfaitement qu'elle était exaucée, que son Père, en égard à sa sainte prière, et pour la grande complaisance qu'il avait pour elle, a devancé l'heure de ses miracles et de sa prédication.
Ainsi, ces paroles, en apparence si dures pour Marie, montrent à cette Mère du divin amour, la grandeur de la dilection du Père pour elle, et la grande fonction qu'elle doit exercer dans l'Eglise par ses prières toutes-puissantes...

"Sa Mère dit à ceux qui servaient: Tout ce qu'il vous dira, faites-le" Jn 2  - 5

Marie, pénétrée des traits d'amour qui sortaient du Coeur de Jésus, sentant la soumission de son Fils à sa prière maternelle, concevait parfaitement toute la profonduer des desseins de Dieu sur elle. Et, connaissant qu'elle était exaucée, elle dit aux serviteurs de faire tout ce que son Fils leur dira. Marie nous montre par là qu'elle avait été parfaitement instruite par l'Esprit-Saint, de tout ce qui devait se faire pour l'accomplissement de sa demande, pour l'opération de ce miracle mystérieux... figure du commencement de l'Eglise, et qui devait être fait par son intercession... Il y avait un miracle à accomplir, et Marie en était profondément instruite; c'est pourquoi elle recommande qu'on exécute exactement ce que son Fils va dire. Elle nous apprend encore qu'il faut être fidèle et exact à accomplir tous les ordres de son Fils pour obtenir de lui de grandes grâces.

Nous voyons, par cette manière d'agir de Marie, combien elle était respectée par ceux de cette noce. Comme on l'écoute, comme l'on fait ce qu'elle dit; elle semble agir ici presque en maîtresse.

Marie et l'Eglise.

Cette noce représente l'Eglise de Jésus Christ, où les âmes sont épousées par le divin Esprit.
C'est Marie qui prie et obtient la force, la joie et la consolation à ceux qui sont admis à cette sainte noce. De plus, elle procure la joie du divin Epoux par la fidélité qu'elle inspire à toutes ses volontés. Les enfants de l'Eglise ont un profond respect pour elle et la regardent comme leur maîtresse et leur bienfaitrice.

LE TRESOR DU COEUR DE NOTRE MERE

Ne savez-vous pas que c'est un trésor que le Coeur de Marie ? Jésus Christ y a mis une si grande plénitude de grâces et de faveurs qu'il y aura de quoi rassasier non seulement le monde entier, mais cent mille mondes et d'avantage encore. Et pourquoi notre bon Seigneur a-t-il mis tant d'abondance dans le saint Coeur de Marie ? Oh ! que cela est facile à deviner : c'est qu'il connaît la grande misère où nous nous trouvons tous. Alors, il a dit en lui-même : il faut que je fasse un trésor que je mettrai entre les mains de ma Mère bien-aimée, pour que les chers enfants puissent venir chercher auprès d'elle tout ce qu'il leur faut. ... Aussi, il me semble que j'entends cette sainte Mère nous crier à tous : Venez à moi : si vous êtes affamés de justice, j'ai de quoi vous rassasier; si vous avez soif, je vous donnerai à boire de cette eau vivifiante qui donne la vie éternelle; si vous êtes fatigués, venez vous reposer sur mon Coeur : mon cher Fils y a mis une si grande abondance que j'aurai de quoi vous satisfaire tous.

Montrez que vous êtes ma Mère

Eh bien ! mon bien cher frère allez, courez,  jetez-vous entre les bras de cette sainte Mère; allez lui dire avec confiance, simplicité, tendresse et amour: "O ma bonne Mère, vous savez depuis longtemps que je suis votre enfant et que je vous aime. Voyez, mes besoins sont extrêmes, et je ne trouve de secours qu'en vous. J'ai une soif dévorante, donnez-moi à boire de cette eau vivifiante du salut qui puisse faire que je plaise à mon Sauveur; donnez-moi le baiser de paix ! ...  Ma bonne Mère, vous qui m'aimez mille et mille fois plus que les mères aiment leurs enfants, et vous me laisseriez dans la tristesse et le trouble sans me donner de secours ! C'est impossible; montrez que vous êtes ma Mère et que je suis votre enfant:  'monstra te esse Matrem' ! " Voilà, cher ami, comment il faut faire: il faut forcer, pour ainsi dire, notre incomparable Mère à nous donner tout ce dont on a besoin; mais il faut venir avec une grande confiance et une grande simplicité... Allez donc avec une grande confiance devant Jésus et Marie, et vous aurez tout ce que vous voudrez.
Marie est incomparablement bonne, mais Jésus est infiniment meilleur encore... Et, puisque vous avez un si bon Père et une si bonne Mère, devenez aussi un bon enfant.

(L.S. et N.D. Paris St-Sulpice, à M. Ed. de Farcy, à Rennes, 23-10-1830)


AVEC MARIE AU PIED DE LA CROIX

Vivre dans un esprit de sacrifice

Ce n'est pas un mal d'éprouver du chagrin au sujet des choses qui vous touchent; mais il faut supporter ce chagrin avec paix, humilité, avec amour et soumission à la volonté divine.
Si vous avez de la peine, vivez dans un esprit de sacrifice à l'exemple de Marie, dont le Coeur fut percé d'un trait dès les premiers moments de sa joie. Cette plaie saignait toujours et se creusait sans cesse. Marie avait la paix dans l'âme. Elle avait, dans ses souffrances, l'amour et l'humilité; elle les avait même au pied de la Croix. Tenez-vous là, avec elle; voyez comme elle faisait, faites-en autant; voyez comment elle supportait ses douleurs, et supportez-les de même; voyez comment elle se sacrifiait, sacrifiez-vous de même.

Demander la grâce d'imiter ainsi Marie.

Imitez ainsi Marie au pied de la Croix, et exprimez en vous ce que vous voyez en elle. Priez Jésus, priez Marie elle-même de vous procurer cette grâce... Votre grande croix est le malheur de plusieurs de vos parents... Marie avait bien la même croix, en voyant tant de pécheurs endurcis parmi ses enfants. Supportez cela comme elle le supporta.
Je vous prie d'accomplir ces choses; vous croîtrez ainsi dans la sainteté et l'amour de Jésus et de Marie.

(L.S. et N.D. La Neuville,  à Mlle Sainte-Bécel, Nantes, 28-2-1844)

 

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