"Sainte Marie
Mère de Dieu"
Solennité,
1er Janvier 2002
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Un
des Pères de l'Eglise a dit que "tout le mystère du salut résidait dans
cette expression: Mère
de Dieu". Cette affirmation est étonnante mais elle devrait nous
pousser à approfondir la question. Comment et pourquoi cette expression, ou
mieux, cette réalité "Mère de Dieu" contient-elle tout le mystère
du salut?!!! Voyons cela de plus près.
L'expression "Dieu", dans "Mère
de Dieu", renvoie au Christ lui-même qui est Dieu, renvoie à la Personne
du Christ, la Personne du Verbe Eternel de Dieu qui s'incarne dans le sein de
Marie. Cette maternité virginale du Christ suppose une relation entre deux
personnes: celle du Verbe de Dieu incarné et celle de Marie, sa Mère. Tout en
Marie se réfère et renvoie au Christ. Mais cela ne nous dit pas pourquoi et
comment cette expression renferme en elle tout le mystère du Salut.
Marie enfante en elle le Christ qui est
Dieu. Elle est donc Mère de Dieu. Par son "Oui" à l'Annonciation,
par sa réponse à Dieu, par le don total d'elle-même, par sa foi, elle
engendre le Christ Dieu en elle.
Nous
aussi, à notre mesure, nous sommes appelés à enfanter le Christ en nous-mêmes.
Vers la fin de son parcours spirituel, saint Paul dit lui-même: "ce n'est
plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi" (Ga 2,20). L'homme
nouveau chez saint Paul, c'est à dire le Christ qui demeure en lui, qui vit en
lui, a atteint une telle stature, une telle plénitude, que le Christ vit et
agit en lui. C'est ce que dit sainte Thérèse de l'Enfant Jésus: "voici
ma prière, je demande à Jésus de m'attirer dans les flammes de son amour, de
m'unir si étroitement Lui, qu'Il vive et agisse en moi" (MsC 36r).
"Oui je le sens lorsque je suis charitable, c'est Jésus seul qui agit en
moi." (MsC 13r). Donc, saint Paul, Thérèse et tous les saints, ont été,
à leur mesure, des Mères de Dieu. Ils ont participé à leur propre salut.
"Dieu ne nous sauve pas sans notre participation" (S. Augustin), c'est
un effort actif et décisif que d'accueillir Dieu en nous, que d'être sa Mère.
Sans cet effort, nous ne pouvons pas engendrer Dieu en nous.
Notre foi chrétienne contient donc deux pôles
et non pas un: un pôle objectif de
notre foi: l'objet de notre foi, le Christ Dieu. Et un
pôle subjectif, le sujet qui croit, qui reçoit: Marie, la Mère de Dieu.
Nous avons besoin non seulement d'un objet pour notre foi: Jésus qui est Dieu
et homme, mais nous avons aussi besoin de la modalité divine de le connaître,
de l'aimer, de l'engendrer en nous: Marie. La Maternité Divine de Marie est
participable par nous ("à tous ceux qui l'ont accueilli, il a donné
pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1,12)). Elle nous est offerte.
Tout à l'heure nous allons recevoir le
Christ Dieu dans la Communion. Mais posons-nous la question: est-il suffisant de
le recevoir ainsi? ou bien n'avons nous pas aussi besoin, pour le recevoir,
d'une capacité divine? Ce point est
capital et décisif pour notre foi, pour notre vie chrétienne, pour notre vie
de prière. S'il s'agissait, pour nous chrétiens, de nous mettre d'accord
uniquement sur la Personne objective du Christ qui est Dieu ce serait bien
insuffisant. La foi chrétienne nous donne en fait non seulement l'objet de
notre foi, c'est à dire le Christ, mais elle nous donne aussi le sujet de la
foi, la capacité de recevoir le Christ, une capacité divine: Marie. Il ne
suffit pas d'avoir le Christ passivement. Il est nécessaire de le connaître et
de l'aimer activement, de l'engendrer en nous-mêmes. Mais l'aimons-nous
humainement, avec nos forces humaines, ou bien avec la modalité divine, qui est
celle de Marie la Mère de Dieu?!!
Dieu nous donne donc et le Christ Dieu, et
sa Mère. Et l'objet de la foi, et le sujet parfait de la foi. Et c'est le mystère
que nous célébrons aujourd'hui: Marie Mère
Dieu, mystère qui contient en lui tout le mystère du salut.
Dieu nous demande de veiller sur notre manière
d'accueillir le Christ, et il nous donne le meilleur moyen de le faire: Marie.
(On peut pour cela lire le "Traité
de la Vraie dévotion à Marie" de Grignon de Montfort.)
Marie nous appartient, elle nous donne sa
foi et son amour, ses yeux et son cœur. Elle nous donne ses yeux afin que nous
puissions regarder son Fils comme elle et par elle, en profondeur, de manière
divine, manière qui dépasse nos propres étroitesses humaines. Elle nous donne
son cœur afin que nous puissions aimer le Christ son Fils non pas avec les
forces encore trop humaines de notre propre cœur, mais avec celles de son cœur.
Ainsi, ce mystère de la Maternité divine nous est offert, nous pouvons y
participer. Dieu nous invite à y participer.
C'est ce mystère que nous célébrons
aujourd'hui. Alors quand nous accourrons avec les bergers pour voir cette bonne
nouvelle, quand nous allons voir la crèche et que nous y trouvons la Mère et l'Enfant Dieu, eh bien sachons qu'il y a là tout le mystère
du Salut. Et la Mère et l'Enfant. Ils sont inséparables pour notre Salut.
Demandons donc à Marie, Mère de Dieu, de
nous donner ses yeux et son cœur afin de connaître et d'aimer Jésus Dieu,
avec ses yeux à elle et avec son cœur à elle.
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus
demandait à Marie, lors de la communion, de venir recevoir Jésus dans son cœur,
ainsi il croira reposer en Marie!! Au delà d'une manière bien gentillette
d'une pieuse Carmélite, il y a là quelque chose de très profond à méditer…!
Puissions-nous aussi dire: "Jésus je t'aime avec le Cœur de Marie",
et ainsi, bien des choses pourront changer, et devenir divines.
Jean-Cyrille KHOURY