Plans pour une formation théologique intégrale

 

"et si Optatam Totius 16 avait raison?" [1]

 

________

 

par Jean Khoury[2]

 

 

 

 

I- Introduction : un premier cycle de Mystique

 

Il y a quelques années, fut proposé un Projet de fondation d'une nouvelle faculté, celle de Mystique[3], qui viendrait s'ajouter à celle de Philosophie, et de Théologie. Offrant un premier Cycle de Mystique, et donnant un statut intellectuel et scientifique à la mystique, ce projet complétait le paysage académique sapientiel en offrant ainsi les trois sagesses dont parlent Maritain et le P Mari-Dominique Philippe.

 

Elle complétait ainsi la formation de ceux qui avaient entrepris d'étudier la Théologie. Ce projet est étayé, car ajouter une nouvelle science suppose d'en montrer la spécificité quant à son objet (la matière étudiée ou l'angle par laquelle elle est abordée) et quant à la lumière sous laquelle on se place pour l'étudier. Aujourd'hui, la Mystique , ou encore "Théologie spirituelle", fait partie des matières de spécialisation en Théologie, elle a pour cela un second et troisième cycles.! La nouveauté de ce projet de fondation d'une nouvelle faculté ait donc comme conséquence immédiate et logique de créer un Premier Cycle. C'est un des aspects nouveaux le plus frappants du projet. Il présentait pour cela le contenu des Cours des trois années de ce Premier Cycle. Ce qui constituait une nouveauté dans l'enseignement de la Théologie , une percée et un développement. Cela dit, l'articulation entre Mystique et Théologie n'était pas mise en évidence par le projet et par le fait même suscitait des interrogations pour ne pas dire des perplexités.

 

Cet article présente un Projet de formation des futurs prêtres et des futurs théologiens qui offre une vision intégrative et praticable entre Théologie et Mystique. L'articulation des deux savoirs y est posée de manière harmonieuse. Comme le Concile recommande d'articuler les études de philosophie et de théologie ("La révision des études ecclésiastiques doit avant tout viser à ce que les disciplines philosophiques et théologiques soient mieux articulées ensemble" (OT 14)), nous pensons qu'il est important d'articuler aussi les études de théologie et de mystique. Certes les études de mystique aujourd'hui, comme telles, ne sont point indépendantes, elles représentent un seul cours de Théologie spirituelle. Pour cela il est d'abord important de prendre conscience des matières du premier cycle de la Faculté de Mystique. Ainsi on peut articuler les deux branches (théologie et mystique), c'est ce que cet article se propose de faire. Ce projet est tout aussi utile à la formation de personnes qui veulent faire partie de l'Ecole de Marie. Voyons d'abord un tableau comparatif:

 

Projet initial de création d'une Faculté de Mystique distincte de la Faculté de Théologie.

Projet intégratif: articule Théologie et Mystique

La Faculté de Théologie et celle de Mystique sont séparées.

Le candidat fait donc les 3 ou 4 ans de premier cycle de Théologie, et ensuite effectue les 3 ou 4 ans de premier cycle de Mystique.

Comme il y a un passage de la Philosophie à la Théologie , un autre passage est suggéré de la Théologie à la Mystique.

Et la Théologie et la Mystique sont intégrées ensemble dans une formation harmonieuse qui respecte et l'objectivité du savoir théologique et l'objectivité de l'expérience spirituelle du théologien, en relation avec ce savoir théologique.

 

Les deux formations, Théologique et Sacerdotale, sont fondamentales dans l'Eglise et sont intimement liées[4]. Le Concile Vatican II, parmi tant d'autres aggiornamenti, a voulu "réformer", et renouveler du dedans, la formation théologique des futurs prêtres[5]. Malgré plusieurs tentatives dans les années 70-80, nous ne sommes pas arrivés à une nouvelle formule satisfaisante qui intègre vie spirituelle et études théologique. Certes la nouvelle théologie, la théologie de l'histoire du Salut et un sceau christologique et scripturaire plus prononcés sont la marque de la théologie actuelle, mais nous n'avons pas vraiment relevé l'énorme défi lancé par l'Esprit Saint dans le Concile. Le défi ressenti par les Pères conciliaires de la nécessité de réformer les études a été exprimé par le document: Optatam Totius. Malgré plusieurs essais pour réorganiser la formation, en reprenant l'ordre ancien (2 années de Philosophie + 4 ans de théologie), en y injectant des matières d'introduction, et en y injectant un peu de vie spirituelle, on a fini par revenir à la forme précédente, en y changeant peu de choses. Certes l'effort de formation spirituelle dans beaucoup de séminaires est accru – et ceci ne peut être qu'un bien et doit être poursuivi – le défi de fond reste d'actualité et attend d'être relevé. Essayons de mieux comprendre ce que l'Esprit a voulu nous dire par le Concile.

 

 

II- L'orientation intégrative du Concile

 

Position du problème

 

            Le Concile, dans son Document pour la formation des prêtres, aux paragraphes 8, 16 et 17 donne des orientations d'une grande importance et d'une grande nouveauté pour ce qui est de l'organisation des études de théologie. Quelques années avant le Concile, déjà, le P Congar[6] soulignait le divorce entre vie spirituelle et théologie advenu dans le second millénaire. Voilà que le Concile, à sa manière, fait écho à cette importante constatation et donne des orientations:

"La formation spirituelle doit avoir un lien étroit avec la formation doctrinale et pastorale et, avec l'aide principalement du directeur spirituel, elle doit être donnée de telle façon que les séminaristes apprennent à vivre continuellement dans la familiarité du Père, par son fils Jésus-Christ, dans l'Esprit-Saint." (OT 8)

Ce passage signale le "lien étroit" et "apprennent à vivre…"

"Les disciplines théologiques doivent être enseignées à la lumière de la foi et sous 1a conduite du Magistère de l'Eglise, de telle sorte que les séminaristes puisent avec grand soin la doctrine catholique dans la Révélation divine, la pénètrent profondément, en fassent l'aliment de leur propre vie spirituelle et sachent l'annoncer, l'exposer et la défendre dans le ministère sacerdotal." (OT 16)

"Les autres disciplines théologiques doivent de même être renouvelées par un contact plus vivant avec le mystère du Christ" (OT 16)

"Toutefois, la formation doctrinale ne doit pas tendre à une pure transmission de concepts, mais à une véritable éducation intérieure des séminaristes. Aussi devra-t-on reconsidérer les méthodes d'enseignement en ce qui concerne les cours, les discussions et les exercices, et on encouragera le travail des séminaristes en privé ou en petits groupes. On veillera attentivement à l'unité et à la solidité de toute la formation, en évitant de multiplier outre mesure les matières et les heures de cours, également en laissant de côté les questions qui n'ont plus guère d'importance ou qui doivent être renvoyées aux études universitaires supérieures." (OT 17)

            Comme nous le voyons une exigence nouvelle émerge[7]: aider l'étudiant en théologie à intégrer spirituellement la matière qu'il apprend. L'unité dont est témoin le premier millénaire entre théologie et expérience spirituelle semble s'imposer. Cependant le Concile ne s'est point prononcé sur les méthodes et les choix à adopter pour créer ce lien entre les matières étudiées et la vie spirituelle de l'étudiant. Les différentes tentatives qui ont eu lieu, montrent qu'il n'est point facile de mettre de telles orientations en pratique. Bien que perspicaces et nécessaires, elles n'ont pas trouvé de voies praticables pour leur application de manière systématique.

 

Récemment, le P Manlio Sodi a voulu relancer le débat et ce, dans un article de la revue de l'Académie Pontificale Théologique: "Méthode théologique et lex orandi. La théologie liturgique entre tradition et innovation"[8]. Certes les propositions qu'il offre et sa manière d'aborder le sujet sont faites selon l'angle qui est le sien, celui de la Théologie liturgique, mais son diagnostique général est valable pour tous.

Parlant de la relation entre théologie liturgique et vision de synthèse dans l'étude vitale de la théologie il dit "le texte de O[ptatam] T[otius] 16 pose encore aujourd'hui des questions sérieuses. Sur ce point l'orientation conciliaire doit encore être valorisée"[9] et n'hésite pas à faire ce grave constat: "La gravité de la situation d'incertitude et de coordination des études théologique est éloquente."[10] Constat d'une grande sévérité, et pourtant, du point de vue ecclésial qui est le sien nous pouvons lui faire confiance. Il poursuit: "Le concile a tracé une perpective unitaire, dans la logique d'une théologie liturgique: quand alors aurions-nous son application en vue d'une synthèse pour une vision harmonieuse et une expérience ecclésiale?"[11] (3.1) "L'absence ou le peu d'incidence d'éléments forts qui constituent un point d'appui indispensable pour une formation intégrale et unitaire de la personne (sans schizophrénies!) font émerger l'urgence non pas tant d'une synthèse seulement noétique (intellectuelle), mais vitale car intégrale. Le retour à une lex orandi qui soit un point de rencontre entre lex credendi e lex vivendi sera non point la redécouverte d'une praxis heureuse, mais la réappropriation d'une méthode de vie qui aide à dépasser les incertitudes."[12] (3.2) Et en parlant de la Théologie liturgique et des sacrements il dit: "A quand l'apprentissage de la leçon de synthèse que la théologie orientale a toujours maintenu (même si avec de nécessaires distinguos)"[13] (3.10) et enfin, il conclut avec ce titre-défi: "et si Optatam totius 16 avait raison?":

"Le parcours réalisé dans le cadre de cette intervention permet d'arriver à trois conclusions qui peuvent apparaître interlocutoires, mais uniquement jusqu'à un certain point. Ce qui fut entrevu ci-dessus, même brièvement, se présente comme une actualisation concrète, enrichie par des spécifications, de ce qui fut codifié par Vatican II soit dans SC soit dans le document OT 16. Pour autant, les trois moments conclusifs se meuvent à partir de OT pour en recueillir la méthode et ainsi relancer le débat au sujet d'une méthode théologique qui peut-être attend encore d'être commencée à près de 40 ans des assises conciliaires!

   - Le rôle du texte conciliaire. Le texte de OT 16 est connu de tous. Son contenu propose au "faire de la théologie" (enseignement et recherche) une ligne au sein d'une synthèse non uniquement noétique mais vitale: "… qu'ils en fassent la nourriture de leur propre vie spirituelle." L'orientation du concile se meut dans la perspective d'une méthode propre; mais elle est à voir premièrement encore dan l'optique d'une recherche théologique, dans laquelle est indiquée une méthode que je relis ici pour ce qui est spécifique à la théologie liturgique: […]."

   "[…] C'est dans cette perspective que fut formulé le titre de cette dernière partie. La question, d'une saveur provocatrice, dénote que la lettre des orientations conciliaires est restée en général telle qu'elle [lettre morte], sauf quelque rare exception."[14]

 

A la recherche d'une solution

 

Il est évident que la vision du P Manlio est conditionnée par son angle d'expert de la théologie liturgique – rien de plus légitime. Par contre nous avons voulu le citer pour souligner à la fois le courage innovant de cet article d'affronter le problème de l'intégration entre étude de théologie et vie spirituelle et sa lecture perspicace du Concile (sur ce qui touche la formation théologique et sacerdotale) et ses remarques sur le fait qu'encore cette intention du Concile n'ait point été honorée. Qu'il en soit remercié.

Certes, le P Manlio n'entend point affronter l'idée des trois Facultés (philosophie, théologie, mystique); ce n'est point sa perspective, il choisit d'intégrer – chez le théologien, l'objet qu'il étudie et sa vie spirituelle – par le biais de l'expérience liturgique et par conséquent il le fait sous les hospices de la théologie liturgique. Ceci a toute sa part de vérité car la liturgie est le lieu par excellence où l'on expérimente Dieu, où on le reçoit. Cela dit, l'exigence d'intégration, pour être vraiment comprise, suivie, et épaulée requiert un travail réalisé à un autre niveau de profondeur, celui de la Théologie spirituelle. L'outillage de la Théologie liturgique ne plonge pas suffisamment dans le sujet humain qui est en fait le centre et le lieu réel de l'intégration. L'objectivité du monde intérieur du théologien, des mécanismes, subtils certes mais réels, de son intelligence, de son cœur, de sa prière et de son contact avec Dieu n'ont rien de caché pour la Théologie spirituelle. Ce qui n'est point le cas de la Théologie liturgique.

C'est pour cela que, pour réaliser l'intégration tant attendue, nous pensons qu'il serait préférable de prendre un angle anthropologique de croissance spirituelle (qui est l'angle même de la Théologie spirituelle). Cet angle présente au moins quatre axes fondamentaux qui sont connexes:

1- l'axe des trois différents niveaux de notre être: corps, âme et esprit[15],

2- l'axe de notre monde intérieur et de notre monde extérieur (les deux ayant leur objectivité propre), de leurs liens, de l'équilibre qui les lie et de leur nécessité

3- l'axe des étapes de croissances: le débutant, le progressant, et le parfait ou l'apôtre

4- l'axe des trois différents niveaux de lumières qui éclairent l'intelligence et déterminent par conséquent son "jugement".

C'est un des gros mérites du livre visionnaire du P Marie-Dominique Philippe op de reprendre et de développer la nécessité d'apprendre "les trois sagesses". Il renvoie clairement à ces trois niveaux de Lumière sous lesquels on se place pour contempler les mêmes objets, Dieu, l'homme, et le monde: 1- lumière naturelle de la raison (la philosophie), 2- lumière de la foi (la théologie), 3- lumière plus avancée de celle de la foi, qui requiert des grâces avancées[16] (la mystique). Nous pouvons dresser un tableau récapitulatif de quelques auteurs qui, tout au long des âges, ont d'une manière ou d'une autre distingué ces trois niveaux de lumières, ces trois sagesses[17]. Nous suggérons aussi – beaucoup d'auteurs le mentionnent – une certaine correspondance avec la division anthropologique tripartite (corps, âme, esprit):

 

Les trois sens de l'écriture: Origène[18]

division anthropologique

les trois sagesses: Marie Do Philippe

Le type de lumière:

 

Ouvres de Denys l'aréopagite

Jean de la Croix : les différentes présences de Dieu en nous:

Jacques Maritain

Spirituel

 

[anagogique?]

esprit

Mystique

lumière surnaturelle le secours particulier

3

Théologie mystique

"par affection spirituelle"

théologie pratiquement pratique

Moral

(symbolique aussi)

[analogique, typologique]

âme

Théologie

lumière de la foi le secours général

2

a) Esquisses Théologiques

b) Noms Divins

c) Théologie Symbolique

"par Grâce"

théologie théoriquement pratique et dogmatique

Littéral

corps

Philosophie

lumière naturelle

1

a) Esquisses Théologiques

d'immensité, "essentielle"

philosophie

 

Par ailleurs, le Projet présenté il y a quelques années déjà, d'introduire cette nouvelle Faculté, celle de Mystique, est certes un essai lumineux et perspicace par bien des égards, mais il suscite un questionnement et non des moindres: "comment articuler la Théologie actuelle avec la Mystique , telles que le Projet de Faculté de Mystique les présente?". Dans ce sens, ce Projet était un "essai à transformer", de manière plus viable, au quotidien. Une lumière, aussi pertinente soit-elle, si elle n'a pas la capacité et les moyens de s'incarner dans le concret, reste isolée et un beau rêve!

 

Une théologie intégrale

 

La question donc à laquelle cet article essaye de donner une première réponse concrète est la suivante: "comment articuler mystique et théologie dans les études, la recherche, et la formation intellectuelle théologique?" ou encore "comment aider le théologien à intégrer ce qu'il étudie et sa vie spirituelle?", "comment établir un lien entre d'un côté sa piété personnelle/communautaire, son expérience du Ressuscité et les études de théologie?"

Disons d'emblée que nous nous dirigeons vers cette solution: il est nécessaire de devenir non seulement "théologien pratiquant" mais "un théologien qui sait rendre compte scientifiquement de sa pratique spirituelle en lien avec ses études" et ce, en cherchant une voie théologique qui rende compte intellectuellement des multiples liens – dans l'intériorité du théologien – entre la vie spirituelle personnelle et les études[19]. Nous évitons ainsi de reléguer la vie spirituelle à une sphère plutôt "de piété" et donc "privée" "ad libitum" ou à la discrétion du candidat. Ceci implique un acte de foi vigoureux en la capacité de la "théologie spirituelle" de rendre compte de ce qui se passe en nous au niveau de la croissance spirituelle et de ses liens – qui pré-existent à la naissance même de la théologie – avec l'objectivité théologique telle qu'elle se présente aujourd'hui.

Nous évitons ainsi plusieurs écueils actuels: 1- de réduire la formation en "théologie spirituelle" comme une matière mineure et rachitique (oui, il faut bien le reconnaître hélas), 2- de la laisser aux soins du séminaire ou de la maison religieuse ou de l'institut (c'est à dire au Maître spirituel ou pire encore à l'accompagnateur spirituel), ou de l'effort personnel et à la piété personnelle, 3- ne point rendre compte intellectuellement dans un enseignement qui se transmet, qui éclaire et soutient la vie spirituelle et l'intégration avec la Théologie.

Nous prenons ainsi la responsabilité d'explorer et de faire émerger une science d'égal poids (si ce n'est supérieur) à toute la Science Théologique actuelle, qui se dresse devant elle et lui tend la main à tous ses niveaux (nous verrons ceci plus bas). C'est l'émergence de cette Science Théologique ( la Mystique ou la Théologie spirituelle) constituée en Faculté et en Premier Cycle, mais qui travaille main dans la main avec la Théologie telle qu'elle se présente aujourd'hui qui donnera une réponse satisfaisante, solide et viable pour le futur de la formation harmonieuse, vivante et féconde du Théologien. Voyons cela de plus près.

 

 

III- Premiers éléments de réponse: la structure

 

En un sens, le tout de la Foi chrétienne réside dans deux "livres": la Bible et le Catéchisme. Ce dernier classiquement contient 4 parties: 1- Le Credo à expliquer, 2- Les Sacrements, 3- Les Commandements et enfin 4- Le Notre Père. Ceci correspond à la structure catéchétique pour le Baptême des Adultes. Donc au total, avec ces deux livres, nous avons comme 5 parties: la Bible + les 4 parties du Catéchisme. Si pour l'instant nous mettons de côté la quatrième partie du Catéchisme, (l'explication du Notre Père, ou la Prière chrétienne), nous avons les 4 principales branches de la Théologie : la Bible , le Dogme, les Sacrements, et la Morale. De fait la théologie spirituelle, jusqu'à nos jours est une matière mineure, souvent placée sous la Morale (ou même parfois sous la Pastorale ou encore sous la Liturgie ). Si par contre nous leur ajoutons la Théologie Pastorale , nous avons un total de 5 matières fondamentales. Certes nous avons d'autres sections importantes en théologie comme l'Histoire de l'Eglise, le Droit Canon, etc., mais les matières essentielles sont les cinq mentionnées plus haut. C'est ainsi que souvent la Théologie et la Catéchèse se présentent aujourd'hui. Et c'est, forts de cette théologie, que le théologien, le prêtre, et le catéchiste sont envoyés au monde présenter le message de l'Evangile. Nous pouvons représenter l'ensemble dans ce schéma:

 

 

 

   

Comme nous le voyons, il y a une ligne (en pointillés) qui unit l'ensemble du message Evangélique (les cinq cases qui contiennent les 5 branches principales de la Théologie ). Et c'est à partir de cette ligne que les rayons de lumière jaillissent vers le monde pour l'Evangéliser. Certes les cinq grandes parties bien qu'égales d'une certaine manière en volume d'enseignement (excepté la pastorale), ne sont pas d'égale importance méthodologique et ne s'articulent point "à égalité". La Bible est l'âme de la Théologie comme le rappelle le Concile. De la Bible , comme d'un point focal, émergent les trois rayons du Dogme, de la Liturgie-sacrements et de la Morale. La Pastorale se chargera de transmettre le tout.

La pastorale est une des sections fondamentales de l'enseignement de la Théologie même si trop souvent elle reste une matière mineure dans le Cursus. Une théologie qui ne devient pas économie, une théologie qui ne se donne pas complètement aux fidèles chrétiens est une théologie qui risque d'être infidèle à la logique de l'Incarnation et qui risque par le fait même un affaiblissement. Les défis de la pastorale ne peuvent point être éloignés de la pensée des spécialistes des autres matières principales comme la Bible , le Dogme, la Liturgie et les sacrements, et enfin la Morale. Ne pas savoir transmettre la théologie que l'on aura puisée dans la prière et dans l'étude est une source de grand affaiblissement.

La relation entre les 5 parties principales de la théologie est une relation en fin de compte anthropologique: c'est en l'homme qu'elles prennent sens, et qu'elles s'unifient et s'articulent. L'homme écoute la Parole de Dieu dans l'Ecriture, voit clairement ce qu'il doit tenir comme Règle à sa Foi (le Credo, et le Dogme), il célèbre ce qu'il tient (les Sacrements), vit au quotidien de cette foi (les Commandements et la Morale ) et enfin transmet cette vie par la Pastorale.

 

 

IV- Restructuration intérieure

 

            Si nous reprenons le discours du Christ aux Pharisiens, aux Scribes et aux Légistes, soit dans Matthieu 23 soit dans Luc 11, que nous essayons d'en saisir l'essence théologique et que nous l'appliquons au travail théologique (faire de la théologie, théologiser), nous noterons que le tout est comme porté par la question du comportement double de ces personnes qui sont assises à la Chaire d'enseignant des choses divines de Moïse. Le point central est question des deux dimensions du composé humain et de la vie humaine: l'intérieur de la coupe et son extérieur! C'est pour cela que l'accusation par le Christ d'hypocrisie est répétée. Qu'est-ce que l'hypocrisie si ce n'est la dichotomie entre l'intérieur et l'extérieur d'un être humain. Le message du Christ est toujours d'actualité pour le faire de la théologie, et pour ses méthodes et son contenu. Relire ces passages sous cet angle est une invitation – en dépassant l'esprit violemment polémique de ce passage[20] – à en extraire une essence bénéfique pour le renouvellement de la Théologie. Nous pouvons donc dire que le Seigneur demande au théologien de se concentrer non point exclusivement sur le dedans (c'est à dire, comme on le verra, sur la théologie spirituelle), mais il demande une priorité de travail sur le dedans, qui s'exprimera au dehors. Ainsi le dedans (notre vie intérieure et sa théologie) et le dehors (notre comportement extérieur et la théologie comme elle se présente aujourd'hui) seront cohérents et harmonieux. Nous pouvons donc relire ces passages avec attention, et surtout dans la perspective du travail théologique, de son sens et de sa portée:

 

"Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des Cieux! Vous n'entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient. […] 16 "Malheur à vous, guides aveugles, qui dites: Si l'on jure par le Sanctuaire, cela ne compte pas; mais si l'on jure par l'or du Sanctuaire, on est tenu. 17 Insensés et aveugles! quel est donc le plus digne, l'or ou le Sanctuaire qui a rendu cet or sacré? 18 Vous dites encore: Si l'on jure par l'Autel, cela ne compte pas; mais si l'on jure par l'Offrande qui est dessus, on est tenu. 19 Aveugles! quel est donc le plus digne, l'Offrande ou l'Autel qui rend cette Offrande sacrée? 20 Aussi bien, jurer par l'Autel, c'est jurer par lui et par tout ce qui est dessus; 21 jurer par le Sanctuaire, c'est jurer par lui et par Celui qui l'habite; 22 jurer par le Ciel, c'est jurer par le Trône de Dieu et par Celui qui y siège.

 23 "Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi , la justice, la miséricorde et la bonne foi; c'est ceci qu'il fallait pratiquer, sans négliger cela. 24 Guides aveugles, qui arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau.

 25 "Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui purifiez l'extérieur  de la coupe et  de l'écuelle, quand l'intérieur en est rempli par rapine et intempérance! 26 Pharisien aveugle! purifie d'abord l'intérieur de la coupe et de l'écuelle, afin que l'extérieur aussi devienne pur. 27 "Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis: au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d'ossements de morts et de toute pourriture; 28 vous de même, au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l'apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. 29 "Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes, 30 tout en disant: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. […]" (Mt 23,13-32)

 

"Tandis qu'il parlait, un Pharisien l'invite à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table. 38 Ce que voyant, le Pharisien s'étonna de ce qu'il n'eût pas fait d'abord les ablutions avant le déjeuner. 39 Mais le Seigneur lui dit: "Vous voilà bien, vous, les Pharisiens! L'extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté! 40 Insensés! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur? 41 Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous.

 42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. […] 44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir!" 45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit: "Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi!" 46 Alors il dit: "A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts! 47 "Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués! 48 Vous êtes donc des témoins et vous approuvez les actes de vos pères; eux ont tué, et vous, vous bâtissez! […] 52 Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la Clef de la Science ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés! […]." (Lc 11,27-53)

 

Quels sont les reproches que le Christ adresse à ces personnes? L'hypocrisie, l'aveuglement, le manque de pénétration dans le monde du dedans, le manque de connaissance et d'attention portés sur le monde intérieur et sur sa théologie! En fait, indirectement, c'est le fonctionnement profond de la théologie qui est remis en cause par ce texte. Nous risquons en étudiant la théologie ( la Bible , le Dogme, les Sacrements, la Morale etc), et par la suite en théologisant, de nous attacher à des choses objectives, extérieures à nous-mêmes et d'oublier que le cœur de la théologie c'est de rendre compte théologiquement de l'expérience du Ressuscité, d'une expérience qui est sensée nous transformer du dedans jusqu'à nous faire parvenir à l'Union avec le Ressuscité, "Union" qui est tout aussi ressemblance (intérieure) et contemplation ("théologie" dans un de ses sens les plus anciens[21]): "Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est." (1 Jn 3,2). Dans ce sens l''objectivité du "donné révélé" à laquelle on s'attache au lieu d'être liée et en communication avec le sujet humain qui la contemple s'en distancie et s'en détache au détriment de l'acte même de "théologiser". Quand Paul VI, dans son Encyclique sur l'Evangélisation, dit que le monde d'aujourd'hui (ou d'hier ou de demain) écoute mieux les témoins que les maîtres[22], il souligne clairement que le Théologien, et la Théologie sont d'abord et avant tout affaire d'expérience du Ressuscité! Dans le choix du remplaçant de Judas, le critère pour devenir Apôtre était d'être témoin du Christ, de l'avoir connu avant et après sa mort![23] Témoigner ce n'est pas uniquement "dire à de son propre fond", c'est d'abord rencontrer, connaître, contempler, voir, mûrir, et ensuite dire, raconter: témoigner.

 

Quelle est la branche de la Théologie qui a pour vocation fondamentale de susciter, suivre et faire mûrir l'être intérieur, l'expérience du Christ? C'est la Théologie spirituelle (ou Mystique)! Or ce qui est étonne c'est son statut encore aujourd'hui de matière mineure! Ce qui étonne c'est son sous-développement, le peu d'intérêt et de ressources investis dans ce domaine encore aujourd'hui dans l'Eglise. Or, cette matière est la clef de réponse pour le renouvellement de la Théologie. Nous l'avons extraite de cette première ligne de front de la Théologie , et au lieu de composer 6 parties frontales, nous avons créé une ligne plus intérieure dont est chargée la Théologie Spirituelle ! Et plus encore nous l'avons développée, élargie et subdivisée en 5 parties, comme les parties de la ligne de front de l'extériorité. C'est ainsi que le dedans (la vie spirituelle) a aussi sa théologie, comme le dehors. Certes cette division semble accentuer un aspect (elle amplifie la théologie spirituelle) et cela peut créer une première réaction d'étonnement et peut-être même de désapprobation! Cependant, c'est en méditant sur ce schéma que nous pouvons mieux comprendre ce qui manque aujourd'hui à la théologie et comment articuler les deux Facultés (Théologie et Mystique) en un seul organisme vivant où la Vie circule dans une respiration saine: recevoir la vie de Dieu, prendre la responsabilité de la vie spirituelle, la comprendre, savoir ce qui dépend de nous pour la recevoir de Dieu, et puis en comprendre les explications externes, en rendre compte, et puis enfin la transmettre. Nous avons ainsi le schéma suivant, un schéma que nous appelons désormais le Schéma de la Clef [24] de la Science Théologique.


 

D'emblée, nous notons que ce schéma présente une réponse intégrative à l'activité du théologien. Voyons-en les éléments  nouveaux. 16 éléments nouveaux en émergent:

            1- Dieu présent au fond de l'être humain, qui donne le ton à tout le travail Théologique comme "compte rendu (et réflexion sur) d'une expérience de Dieu" et non uniquement d'une simple "réflexion sur Dieu". Saint Thomas d'Aquin se posait la question tout jeune: "qu'est-ce que Dieu?" Et la Théologie du second millénaire se développe comme une réflexion sur Dieu, comme un désir de comprendre son dessein sur l'humanité. Et le schéma qui a porté cette théologie est l'exitus reditus: Dieu crée, l'homme chute, et il envoie le Sauveur pour  nous ramener vers Lui. Or nous pensons que le fait de placer plutôt Dieu au centre de l'être humain, le fait de placer l'expérience de Dieu au centre de la réflexion théologique et mystique change la perspective, l'ajuste, la centre. Ceci ne veut pas dire que la question est absente de chez saint Thomas, mais l'outillage et l'ensemble de synthèse manque. Non qu'il faille aujourd'hui renier saint Thomas, loin de là. Il nous faut simplement une synthèse plus ample qui inclus et la dimension intérieure et les étapes de croissance de l'être humain.

Le Christocentrisme a en son fond une anthropologie dans laquelle Dieu est au Centre. Ainsi nous passons d'un schéma exitus reditus à celui de la conversion vers Dieu (mouvement d'intériorité: puiser en Dieu) à l'annonce et la transmission de ce que l'on a puisé. Ou encore un mouvement en amont (puiser l'Eau divine) et un mouvement en aval (transmettre l'Eau reçue). Si dans l'exitus reditus celui qui est central est Dieu, dans l'intériorisation-transmission[25], ce qui est central c'est l'homme, ou mieux encore, le Christ vivant dans et par l'homme.

            Ceci fait de la théologie non pas "une réflexion sur Dieu", sur "qui est Dieu?", mais une réflexion plus poussée vers la question essentielle: comment expérimenter Dieu[26]! La réflexion est centrée de manière objective sur le Sujet humain, sujet de l'expérience du Ressuscité. Durant le second millénaire nous voyons constamment émerger et se développer l'attention vers le sujet, le sujet humain! Mais au lieu de voir cette émergence de l'être humain comme une menace pour l'objectivité de la théologie, au lieu de la voir comme un risque de déviation, de relativisme, de nombrilisme, de spiritualisme vague et pieux, il est bon enfin de se rendre à l'évidence que la réflexion sur le sujet est l'unique voie d'issue et l'unique direction pour la théologie! Car si Dieu n'est point expérimenté, à quoi bon poursuivre la réflexion sur un être, certes objectif, mais distant, joignable dans un futur lointain (la béatitude après la mort). La dissociation serait consommée.

            Nous sommes passés au siècle dernier d'une théologie néoscolastique, plutôt métaphysique et abstraite, vers une théologie de l'histoire, de l'histoire du salut, mais le dernier pas à faire est de passer vers la théologie de l'expérience de Dieu, sans négliger pour autant ni la néoscolastique ni l'histoire du salut! Le passage d'une abstraction intemporelle, vers l'histoire n'est qu'un premier pas pour aider l'être humain à être rejoint par le Ressuscité! Le second et dernier pas décisif et vital à faire est de passer à la théologie mystique, ou la théologie de l'expérience de Dieu. Ce passage continue le processus d'incarnation entamé par la Nouvelle théologie, par la théologie de l'histoire du salut. Sinon, nous risquons de continuer à nous créer une sorte de zone intermédiaire, la zone de l'histoire, qui certes honore le temps, mais n'honore point ou plus nécessairement l'homme! Or Dieu est venu pour l'homme, pour le toucher, pour le changer, pour le transformer et ce, du dedans! Si la théologie ne touche pas son but, si elle n'arrive pas à l'être humain, elle n'est plus servante que de concepts et est condamnée pour les mêmes raisons que la théologie Nouvelle condamnait la scolastique!

             Le Concile est témoin de ces trois courants: la Scolastique (néothomisme) finissante, la Théologie de l'histoire du salut, et l'émergence d'une théologie de l'expérience de Dieu (mais encore trop jeune pour prendre une forme viable et visible). Le Concile appelle de ses vœux l'expérience de Dieu, mais n'a pas encore les outils nécessaires pour y arriver.

 

Emergence des 5 sections de la Mystique

           

 Revenons donc au schéma de la Clef : nous avons cinq éléments nouveaux, cinq branches nouvelles et fondamentales de la Mystique qui sont les reflets des cinq branches de la Théologie actuelle. Rappelons-le, cette division ou répartition des matières est anthropologique, elle trouve sa raison d'être dans l'être humain, dans son fonctionnement, dans ses besoins, dans ses différentes facultés. Voici les cinq branches fondamentales de la Mystique :

            1- La Parole de Dieu (comme base de l'expérience directe de Dieu). L'exégèse spirituelle signe de l'anthropologie spirituelle, la lecture dans l'Esprit de la Bible etc.

            2- La Science elle-même de la mystique + les différentes questions de la contemplation.

            3- La lectio divina, la Prière du cœur, comme moyens intérieurs indispensables pour "digérer" les Sacrement et plus essentiellement la Messe. Examen de conscience, Rosaire etc. Leur théologie.

            4- Les grandes Lois de la vie spirituelle. La contemplation dans l'action, Le Discernement, la correspondance à la grâce, les tentations, le don de soi, la pureté du cœur, etc.

            5- La transmission de la Vie spirituelle.

 

 

V- Développement nécessaire

 

            Certes le fait de nommer ces cinq sections fondamentales de la Mystique a deux inconvénients: il est bref et ne suffit point à l'œil du théologien habituel car ces matières sont peu développées aujourd'hui! Souvenons-nous que la "Théologie spirituelle" aujourd'hui est une matière mineure dans l'enseignement de la théologie, et si on l'élargit, la subdivise etc.. ceci n'apparaît qu'aux yeux de l'expert dans cette matière. Il suffit pourtant de voir comment sont organisées les matières des Maîtrises de spécialisation en Théologie spirituelle aujourd'hui (deuxième cycle sur deux ans) pour comprendre l'abondance de la matière et sa nécessité, ou tout simplement se reporter au Projet de fondation de la Faculté de Mystique (création d'un premier cycle sur 3 ou 4 ans)).

 

Emergence des 5 matières "ponts"

 

            Parmi les éléments nouveaux signalés par ce schéma figurent les cinq matières qui devraient être enseignées et qui feraient le pont entre les deux séries de 4 cases:

            a) mettre en évidence le "pont" entre d'une part les Paroles qui sont Esprit et Vie, expérimentées, et de l'autre part, et l'exégèse et la théologie biblique.

            b) mettre en évidence le "pont" entre Dogme et Vie spirituelle, le Dogme étant l'écorce extérieure d'une expérience intérieure de Dieu.

            c) mettre en évidence le "pont" entre la célébration de l'Eucharistie et la manducation intérieure de celle-ci, dans ses deux phases essentielles: la Lectio Divina , et la Prière du cœur. Etc.

            d) mettre en évidence le "pont" entre les Commandements de Dieu ( la Morale ) et la vie spirituelle, l'intégration intérieure de la morale dans une vie spirituelle qui présuppose tout un travail intérieur et une attitude intérieure qui portent vers la contemplation (perception) dans l'action de la vie quotidienne, le discernement etc.

            e) Mettre en évidence le "pont" entre l'apostolat et la transmettre la vie spirituelle. Mais aussi toutes les questions fondamentales de la vie spirituelle de l'apôtre et sa relation avec sa mission[27].

 

Emergence des 5 matières "liens"

           

Enfin, un dernier groupe de 5 liens apparaît sur ce schéma: l'application de chacune des cases dans la vie spirituelle, savoir comment faire pour les transformer en une expérience! C'est l'exercice fondamental du Théologien et ceci ne peut continuer à échapper à la Science et relégué au séminaire ou au couvent ou à la maison, comme un exercice personnel privé, sans aucune formation préalable qui le porte! Les quelques leçons de vie spirituelle données durant la formation, au séminaire ou au couvent devraient ainsi se voir portés au grade de Science et non d'exercice pieux uniquement! C'est l'essentiel de l'activité du Théologien! Et pouvoir faire un exercice de lectio divina ou de prière du cœur comme un exercice éminemment théologique, au même titre qu'une heure de cours devrait constituer un progrès théologique fondamental! Ce n'est pas une sphère privée, dévotionnelle, c'est une sphère proprement théologique intégrale à l'exercice même de la théologie!

 

            Voilà donc ces 15 + 1 matières/cours qui, ajoutés à la théologie actuelle, et articulés de manière scientifique et anthropologique pourraient renouveler la théologie, en donnant toute sa place à la mystique, à l'expérience de Dieu, comme cœur de l'activité théologique! Elle fera passer la Vie spirituelle d'un statut non universitaire, privé, pieux, au statut d'activité théologique et scientifique de premier plan, cœur et source de la théologie.

 

 

VI- Avantages de ce réajustement

 

            Ce réajustement de la Théologie (développant les parties de la Mystique , comme partie intégrante d'un premier Cycle d'études, les articulant avec les parties essentielles de la Théologie etc.), offre une théologie intégrale qui inclus dans son travail intellectuel contemplatif les deux dimensions objective (qui est la sienne durant le second millénaire) et la dimension du sujet du théologien, comme être en croissance appelé à contempler dans son cœur et à se laisser illuminer dans son intelligence et cela tout au long d'un chemin qui développe ses capacité et sa charité jusqu'à la plénitude. Cette "théologie intégrale" opère un rajeunissement-ressourcement réel de la Théologie en retrouvant des intuitions fondamentales (soit des premiers siècles, soit du développement du dogme) :

 

1- Nous revenons à la Transfiguration du Christ comme la voient les Père Grecs, au centre du travail théologique[28]. On peut ajouter à cela toute la vision de saint Jean qui intègre la révélation de la gloire de Dieu sur la Croix ; c'est sa manière aussi de présenter le Foyer ardent de la Révélation.

2- Nous faisons revenir saint Jean à la place qui lui revenait aux premiers siècles: Archétype du Théologien, Père de la Théologie et Père des Théologiens[29]. Une de ses phrases clefs illustre merveilleusement bien la théologie intégrale: "nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est" (1 Jn 3,2)[30].

 

3- Marie redevient d'un côté archétype du Théologien et du "faire théologie" et de l'autre Mère de la Théologie et du Théologien, formatrice du Théologien.

a) Marie Archétype du Théologien: Dans cette perspective où la transformation du Sujet est au cœur du travail théologique Marie tient sa place comme sujet parfait face au Christ capable de le connaître et de l'aimer. Marie idéal et archétype du théologien: Marie est "notre modèle, tant pour accepter la foi que pour l'étudier. Il ne lui suffit pas de l'accepter, elle s'y arrête; non seulement elle la possède, mais en même temps elle s'en sert; elle lui donne son assentiment, mais elle la développe; elle soumet sa raison mais elle raisonne sa foi: non pas, comme Zacharie, en raisonnant d'abord pour croire ensuite, mais en croyant d'abord, puis, par amour et révérence, en raisonnant sur ce qu'elle a cru. Ainsi elle symbolise pour nous, autant que la foi des simples, celle des docteurs de l'Eglise, qui ont à chercher, à peser, à définir comme à professer l'Evangile; à distinguer la vérité de l'hérésie, à prévoir les diverses aberrations d'une fausse raison, à combattre avec l'armure de la foi l'orgueil et la témérité, et ainsi à triompher du sophiste et du novateur." [31]

            b) Marie formatrice du Théologien: dans son activité même du "faire théologie", Marie est le sein Maternel, l'éducatrice et formatrice du Théologien. Elle est bien présentée par la liturgie comme "Maîtresse de vie spirituelle"[32]: "Trône de la sagesse éternelle" elle "conduit les philosophes aux limites de leur sagesse" et "mène les savants aux frontières du raisonnement". Devant elle "les esprits subtils deviennent hésitants", "les littérateurs perdent leurs mots", "se défont les raisonnements les plus serrés". C'est elle qui montre (Hodighitria) la Parole théologique juste: "tu montres Celui dont la Parole agit avec puissance". C'est en elle que le Théologien est "tiré de l'abîme de l'ignorance" et "accède à la plénitude du Mystère de Dieu". Ce n'est pas uniquement par son intercession que Marie se présente ainsi, c'est pas la formation intérieure que Marie offre au théologien en formation, par sa lumière juste (qui professe de manière orthodoxe l'Incarnation, la compassion, la divinisation, la contemplation) qu'elle est Mère du Théologien. Elle est aussi, et dans la même ligne, contemplée comme "victorieuse de toutes les hérésies", et "sceptre de l'orthodoxie".

 

 

VII- Compléments au schéma de la Clef

 

            Pour illustrer un autre aspect de la relation qui existe entre la Mystique et la Théologie , nous pouvons penser au câble coaxial qui porte en lui deux pôles en cuivre, l'un dans l'autre, l'un plus intérieur à l'autre. Bien sûr ceci n'est qu'un exemple pour faire comprendre l'intériorité de l'un par rapport à l'autre, mais dans la pratique, ils ne sont pas isolé, mais communiquent entre eux. Ce qui fait que la meilleure illustration nous est en quelque sorte donnée par la double hélice de l'ADN.

 

 

   

Cette illustration par l'ADN, nous montre que les deux hélices (théologie et mystique) se touchent et communiquent entre elles comme dans notre dessin plus haut. "Toutes les choses vont par deux, en vis-à-vis, et il n'a rien fait de déficient. Une chose souligne l'excellence de l'autre, qui pourrait se lasser de contempler sa gloire?" (Si 42,24-25)

   

 

            Nous avons ci-dessous illustrées quatre étapes différentes dans le rapport entre théologie et mystique. La théologie est représentée par la spirale bleue et la mystique par la spirale rouge. (Ici nous ne représentons que 3[33] des 5 liens qui relient les deux spirales: Dogme, Sacrements, Morale). Mais il est facile d'ajouter la Bible - Parole de Dieu et la Pastorale – transmission de la vie spirituelle.

 

          Au départ (figure 1) nous voyons une double hélice : une en bonne forme (la théologie), et l'autre presque inexistante (la mystique). Ceci traduit une théologie très solide du point de vue exégétique, dogmatique, sacramentelle, morale, et pastorale, comme l'est la théologie aujourd'hui. Par contre, toute la théologie spirituelle avec ses différents niveaux et compétences est presque inexistante. Ce qui fait que la circulation de la Vie divine, le lien entre le théologien comme sujet et sa vie spirituelle ne sont pas développés du point de vue intellectuel et restent ainsi dans l'ombre, affaiblis.

 

figure 1

Et plus on avance (figures 2, 3), c'est à dire plus la mystique se développe et crée des liens avec la théologie, plus le fonctionnement de la double hélice devient plus sain et plus solide.

         

figure 2                                                                     figure 3

            La prise de conscience du fait que la vie spirituelle et l'expérience de Dieu ont leur précédence en tant que c'est de Dieu qu'on puise la Vie divine. Ceci fait prendre conscience du poids d'importance qu'a la réflexion sur l'expérience de Dieu. Les liens entre la réflexion sur l'expérience de Dieu (les lignes horizontales) et ses pendants dans la Bible , le Dogme, les Sacrements, la Moral et enfin la Pastorale ) forment comme des ponts réels qui permettent à la Vie divine de circuler librement du dedans vers le dehors dans l'action pastorale.

             Nous arrivons donc à une forme harmonieuse où le fonctionnement des rapports entre la théologie telle qu'elle se présente aujourd'hui et la mystique (ci-contre).

             Dans les dessins, l'hélice rouge prend toujours de plus en plus forme et les liens correspondants aussi.

figure 4

 

 

VIII- Une proposition de restructuration pour aujourd'hui

 

            Le catéchisme, à sa manière et selon sa structure, nous rappelle la Clef : il nous dit que sans la quatrième partie (qui est la partie de la formation à la vie spirituelle) il est impossible de mettre en branle les trois premières parties. Car la quatrième partie prend en charge la promotion et le développement de la relation vivante et personnelle avec le Ressuscité. Lisons ce paragraphe clef qui se trouve au début de la quatrième partie et qui, à notre sens, aurait du se trouver au début du catéchisme, et même, aurait suggéré de refaire toute la pédagogie du catéchisme en mettant en premier la quatrième partie. " 'Il est grand le Mystère de la foi'. L'Eglise le professe dans le Symbole des Apôtres (Première Partie) et elle le célèbre dans la Liturgie sacramentelle (Deuxième Partie), afin que la vie des fidèles soit conformée au Christ dans l'Esprit Saint à la gloire de Dieu le Père (Troisième Partie). Ce Mystère exige donc que les fidèles y croient, le célèbrent et en vivent dans une relation vivante et personnelle avec le Dieu vivant et vrai. Cette relation est la prière." (CEC 2558) C'est d'ailleurs une grande nouveauté du catéchisme actuel par rapport au catéchisme du Concile de Trente de proposer avant chacune des parties une section introductive dédiée au "sujet" de la foi, c'est à dire au croyant lui-même, montrant ainsi qu'il ne suffit pas de parler de l'objectivité de la foi, c'est à dire de son contenu, mais qu'il faut enfin aborder le "sujet de la foi", le Croyant lui-même, sans lequel la foi ne peut s'incarner. Ces trois sections introductives du Catéchisme sont les "ponts" entre la théologie et la mystique sur notre schéma de la clef ou celui des deux hélices. C'est la trace de ce Projet dans chacune des trois autres parties du Catéchisme. 1- lien entre théologie spirituelle et dogme, 2- lien entre théologie spirituelle et sacrements, 3- lien entre théologie spirituelle et commandements. Ceci est une caractéristique nouvelle du catéchisme actuel par rapport à tous les autres catéchismes. Cette semence devrait désormais se développer.

 

Ce qui est enseigné aujourd'hui est toute la partie en noir du schéma de la Clef. Cela est tout ce qui émerge de l'iceberg de la Théologie , ce sont les 5 grandes sections de la Théologie (si nous ajoutons la Bible et la Pastorale ) toute la partie en rouge est encore enfouie, peu connue et doit être désormais approfondie. Pour faire fonctionner la "machine" de la "Théologie intégrale" il faut que toute la zone en rouge apparaisse comme matière à enseigner ce qui nous fait passer d'une vie spirituelle pieuse, souvent hélas optionnelle, laissée à la discrétion du candidat, à:

1- un apprentissage théologique

2- une pratique plus déterminée, claire (lectio et prière du cœur)

 

Il est bien sûr nécessaire de développer les cases rouges. Ce qui a pour conséquence de faire émerger cette partie rouge comme matières académiques, scientifiques, à recevoir à la Faculté et non au Séminaire ou lors du noviciat. Si par contre ces parties ne sont pas enseignées à la Faculté , comme c'est encore souvent le cas, ce qui manque (en rouge) est multiple, au total, 15 matière supplémentaires "nouvelles":

 

1- les cinq cases

2- les cinq liens, les lignes qui relient les cases à Dieu

3- les cinq ponts entre les 5 cases rouges et 5 noires

 

Ainsi, la bible, le dogme, la liturgie, la morale et la pastorale ne sont plus comme une écorce vide, mais désormais, bien juteuse (tout ce qui est en rouge). Le lien entre les deux lignes (intérieure et extérieure) est le lien qui existe entre le fruit et l'écorce. La ligne des 5 cases rouges est introversion (vers Dieu) et la ligne des 5 cases noires est extroversion (vers le monde). Ainsi tout étudiant en Théologie est appelé à recevoir une formation qui l'aide à avoir l'expérience de Dieu, et puis à transmettre au monde ce qu'il a reçu. Ainsi, nous relions Dieu et le monde dans la personne du Théologien, du prêtre, du catéchiste, de l'apôtre du Christ.

            La structure de l'enseignement de la théologie va donc devoir suivre la croissance spirituelle de plus près. Elle devra ainsi tenir compte de la capacité croissante de l'étudiant de "digérer" et faire sienne la matière, en lien avec et sa croissance personnelle et l'étude des phases majeures de la croissance spirituelle. Nous passerons ainsi de "quatre années de théologie" (qui sont souvent permutables) dans les Facultés à 4 années de croissance, c'est à dire à un Programme qui suit la croissance du candidat, à la fois personnelle et objective. L'intuition géniale du Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus, de souligner le rapport entre croissance de l'Amour (croissance de la vie spirituelle) et apostolat[34], est intégrée ici pour l'appliquer à la Formation Théologique. C'est donc un Programme de formation qui propose de respecter de plus près la relation entre trois dimensions indispensables des études et de la formation théologique:

1- "la croissance de l'Amour" (l'expérience de Dieu),

2- "les études théologiques" (la compréhension de cette expérience) et

3- "l'intégration de ces études par le candidat, étant capable d'en rendre compte aux autres" (la transmission de cette expérience).

Ainsi les études deviennent un lieu de réception de ces trois grâces[35].

 

0- Propédeutique, notions de bases de la théologie

1- Débutants en vie surnaturelle (initiation à la relation personnelle avec le Christ)

2- Progressants (nuits etc.) (développement et maturation de la relation personnelle avec le Christ)

3- les parfaits/initiés ou encore "les théologiens"[36] (la formation du Christ, vivant dans l'être humain)

4- les apôtres, les témoins[37], les économes[38] (l'explication du nouvel apostolat fait quand le Christ est vivant et agissant dans l'apôtre: l'apostolat surnaturel, dans toute sa palette)

Ce qui nous offre un projet structuré, qui suit le candidat et le forme et non un enseignement purement intellectuel avec des années interchangeables comme c'est souvent le cas aujourd'hui. Les étudiants auront ainsi la base théologique, ensuite, dans leur vie, ils y reviendront cycliquement, progressant vers une toujours une plus grande conformité au Christ. Cette formation a plus de sens, elle leur permet de voir le chemin qui mène à l'union et à la perfection de la charité! La sainteté, qu'ils sont sensés connaître et transmettre! Sans ce type de formation intégrale, leur apostolat reste réduit dans sa visée et dans son contenu. Avec la Théologie intégrale, nous avons un programme de croissance qui vise la sainteté, la plénitude de la vie chrétienne. C'est un système "biologique" (qui suit la croissance de la vie spirituelle du candidat) qui permet aux parties en noir (la théologie actuelle) de prendre vie, de ressusciter, s'animer, et d'animer les autres. Il est vrai qu'une théologie intégrale requiert bien plus qu'un effort intellectuel et une réussite à des examens! Elle engage le sujet de l'étudiant, afin qu'il puisse progresser et devenir vraiment théologien, du dedans. Il implique implicitement deux points:

1- La détermination de mettre le Christ en tout à la première place (la pureté du cœur)

2- La pratique des 3 heures comme programme obligatoire partie intégrante de la formation: Une heure de Lectio Divina et 2 heures de Prière du Cœur (une le matin et une le soir). Sans cette pratique, on ne peut digérer ce système éducatif, car on ne se met pas vraiment en marche spirituellement, ni on ne goûte ni on ne digère ce qui est donné (dans les études) sans les 3 heures! Les trois heures boostent les études: on étudie mieux, on digère dans le silence avec l'Esprit Saint.

 

Si, en quatre ans on donne cette formation, on obtient des personnes bien plus "solides". Mais sans cela, c'est à dire en ne donnant que ce qui est en rouge sur le dessin du schéma, le contenu est aride car on impose des notions (Bible, Dogme, Liturgie/Sacrements, Morale, Pastorale, etc.) dont on ne voit pas le lien avec sa propre vie. Pour cela il est très intéressant de relire le document de Vatican II sur la Formation théologique: Optatam Totius, dans ses numéros 8, 16 et 17. Ces passages sont " la Clef " donnée par le concile.

 

"La formation spirituelle doit avoir un lien étroit avec la formation doctrinale et pastorale et, avec l'aide principalement du directeur spirituel, elle doit être donnée de telle façon que les séminaristes apprennent à vivre continuellement dans la familiarité du Père, par son fils Jésus-Christ, dans l'Esprit-Saint." (OT 8)

Ce passage du numéro 8 signale le "lien étroit" entre la formation spirituelle et la formation doctrinale. Il signale aussi la nécessité de l'expérience spirituelle ("apprennent à vivre…"). Ici aussi, il ne dit pas qu'elle peut avoir lieu à la Faculté. Certes le Concile ne dit pas que la formation spirituelle est doctrinale, et qu'elle peut être donnée dans une théologie intégrale à la Faculté , cependant, par ces indications le Concile signale les fossés et montre la direction à suivre pour les combler.

 

"Les disciplines théologiques doivent être enseignées à la lumière de la foi et sous 1a conduite du Magistère de l'Eglise, de telle sorte que les séminaristes puisent avec grand soin la doctrine catholique dans la Révélation divine, la pénètrent profondément, en fassent l'aliment de leur propre vie spirituelle et sachent l'annoncer, l'exposer et la défendre dans le ministère sacerdotal." (OT 16)

Ici aussi, dans ce passage qui précède nous voyons les expressions: "la pénètrent profondément, en fassent l'aliment de leur vie spirituelle". En ces quelques mots et expressions nous trouvons à la fois tout le problème et les orientations à suivre pour lui trouver des solutions. Certes celles-ci n'ont pas vraiment été trouvées ni réalisées par la suite. Elles sont laissées hélas aux soins du candidat et ne sont pas prises en compte par un effort théologique plus intégral. Or tout ce qui est en rouge sur le dessin devrait apparaître, être développé et être enseigné à tous à la Faculté de Théologie. Nous pouvons considérer que ces indications du Concile sont un appel pour que la formation partout dans l'Eglise soit faite ainsi. Ce projet est proposé à tous, pour changer:

1- et l'organisation des Etudes théologiques

2- et la formation du séminaire (et celle des noviciats et des années qui suivent) qui s'appuie sur elles

"Les autres disciplines théologiques doivent de même être renouvelées par un contact plus vivant avec le mystère du Christ" (OT 16)

 

"Toutefois, la formation doctrinale ne doit pas tendre à une pure transmission de concepts, mais à une véritable éducation intérieure des séminaristes. Aussi devra-t-on reconsidérer les méthodes d'enseignement en ce qui concerne les cours, les discussions et les exercices, et on encouragera le travail des séminaristes en privé ou en petits groupes. On veillera attentivement à l'unité et à la solidité de toute la formation, en évitant de multiplier outre mesure les matières et les heures de cours, également en laissant de côté les questions qui n'ont plus guère d'importance ou qui doivent être renvoyées aux études universitaires supérieures." (OT 17)

 

Les 8, 16 et 17 de Optatam Totius disent tout de manière concise. Mais tant que nous ne savons pas "comment faire" on ne trouvera pas de voie intégrative viable! Après le Concile, plusieurs tentatives ont eu lieu pour réorganiser les études en essayant d'articuler différemment les multiples aspects: Philosophie, Vie spirituelle, Théologie. Mais nous avons fini par revenir au format ancien: 2 années de Philosophie et 4 années de théologie (souvent aujourd'hui on ajoute au départ une année de propédeutique). Ce qui fait que le renouveau tant souhaité par le Concile ne trouve pas un chemin pour s'y engager (renouveau de la théologie et de la formation).

 

Les 3 x 5 matières doivent être développées! Voilà la tache qui nous incombe pour parvenir à une théologie intégrale.

Dans la longue introduction de son fameux livre: "Vraie et fausse réforme", Yves Congar faisait noter le fossé entre théologie et vie spirituelle[39]. Mais la question n'a jamais été abordée de front par les théologiens, et ce, par manque de préparation, d'approfondissement et de créativité. Le problème est l'absence d'outillage, surtout en théologie spirituelle! Nous pressentons le malaise, la difficulté (le Concile (OT) en est témoin), mais nous ne voyons pas comment parvenir à parer à cette dissociation entre théologie et vie spirituelle chez l'étudiant et combler le fossé qui les sépare. Alors, faute de mieux, nous continuons à faire ce que nous avons toujours fait. L'outillage qui manque est à notre sens un "Corpus doctrinal" et pédagogique complet de la théologie spirituelle.

 

La situation peut être comparée à celle d'un ingénieur qui jette les fondations d'un immense immeuble. Une fois que les nouvelles fondations sont posées la suite de la construction marche d'elle-même, les constructeurs savent dans quelle direction aller. Méditer sur le dessin de la clef  dissipe le malaise, offre une voie de sortie, et un projet de "construction" d'hommes et de femmes plus solides, ayant les outils nécessaires pour avoir cette cohérence entre le dedans et le dehors de leur vie chrétienne. Méditer sur ce schéma rend la solution évidente. Comme quand on ajoute des pièces qui manquaient d'un puzzle, par la suite nous le regardons et que disons-nous? – c'est évident puisque nous voyons.

"Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la Clef de la science! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés!" (Lc 11) " La Clef " de la Science théologique c'est de montrer le travail à faire à l'intérieur de la coupe. Elle est la clef de tout le discours du Christ dans ces deux passages de Mt 23 et Lc 11 quand il parle aux Légistes, aux Scribes et aux Pharisiens. "L'hypocrisie" de la dichotomie entre "dedans" et "dehors" est le cœur du problème.

En théologie (telle qu'elle se présente aujourd'hui), nous exposons "le dehors" (ce qui est en noir sur le dessin) ce qui fait que les séminaristes, les étudiants en théologie, sont bombardés par des choses "à croire", à pratiquer" et "à faire" mais ne voient pas nécessairement le lien qui existe entre ce qu'ils apprennent et leur Vie spirituelle. "Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés!" Et aussi: "Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les Pharisiens: faites donc et observez tout ce qu'ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes: car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt."

            Il est important de lire les deux passages chez Mt 23 et chez Lc 11, calmement et ne retenant que l'essentiel quant à une méthode de travail théologique, et nous verrons ainsi apparaître " La Clef ". Il est important d'aborder ces textes en en ôtant la tension polémique, et de se contenter juste d'aller à l'essentiel, comme si le Christ nous parlait positivement.

 

Ainsi, nous avons une vision globale de la tache à accomplir pour apprendre la théologie, pour théologiser. Et si nous comparons cette manière d'articuler "Théologie" et "Théologie Spirituelle" (ou Mystique) avec le projet initial d'avoir trois facultés différentes: Philosophie, Théologie, Mystique (donc de distinguer les facultés de Théologie et de Mystique) nous constatons que nous n'avons pas laissé ainsi tomber la Théologie , au contraire, nous lui avons tendu une main secourable, nous l'avons intégrée et comme le dit le Concile: nous avons simplifié[40] (allant à l'essentiel).

 

 

IX- La théologie spirituelle cœur absent du Concile

 

Le Cœur du Concile et sa bombe, c'est l'affirmation de l'appel universel à la sainteté: Lumen Gentium chapitre V, l'appel universel à la sainteté. Mais ceci est un défi énorme et lourd de conséquences, qui nous prend par surprise, non préparés. Nous n'avons pas l'outillage pour arriver à ce haut but que le Concile nous montre. La question qui nous vient à l'esprit alors est la suivante: "comment se fait-il que le Concile en arrive à cette proposition sans qu'on ait l'outillage pour l'appliquer?" Deux choses!

1- Tout concile est le fruit d'un travail qui le précède. Le Concile Vat. II est le fruit de plusieurs renouveaux: liturgique, biblique, patristique, ecclésiologique, l'histoire du Salut.

2- Constatation: le renouveau d'entre les deux guerres en théologie spirituelle s'est affaissé sans laisser une hérédité! Ce phénomène est à analyser, car ce fut un fiasco étonnant et inattendu. Nous avons eu une grande richesse de livres, de renouveau d'études, de Cours aux Universités Catholiques, et puis tout est tombé dans l'oubli en peu de temps[41]. Le Concile arrive et affirme: tous les fidèles sont appelés à la sainteté. La question que nous nous posons est: "comment se fait-il qu'il arrive à nous donner un tel fruit et à ne pas nous en donner les moyens?" Pour répondre à cette question il faut noter qu'il y a eu durant le Concile il y a eu une "erreur" méthodologique – involontaire – de fond. Nous sommes arrivés à ce résultat (l'appel à la sainteté) théologiquement, par un biais autre que la théologie spirituelle, nous y sommes parvenus par le biais de l'Ecclésiologie. Souvenons-nous que le cœur de la démarche du Concile est d'approfondir la question de l'Eglise. Et c'est Yves Congar qui est le père de ce renouveau, bien avant le Concile. Congar étudie l'Ecclésiologie et pas la Théologie spirituelle. Et il n'est pas difficile de comprendre théologiquement, qu'ecclésiologiquement toute l'Eglise est appelée à la Sainteté (puisque sa Tête, le Christ, est sainte et que la sainteté est une de ses notes)! L'appel universel à la sainteté est donc aussi une affirmation ecclésiologique et non de théologie spirituelle! Ce qui fait que les Pères Conciliaires, retournés chez eux, n'avaient point les outils pour l'application du Concile!

 

 

X- Les leçons du  Pschitt du renouveau de l'entre deux guerres

 

Ceci nous fait alors revenir en arrière et nous poser une autre question tout aussi intrigante: comment se fait-il que ce renouveau en théologie spirituelle de l'entre deux guerres, n'a pas fait long feu?[42]

 

Il semble difficile de comprendre (et d'admettre) l'arrêt brutal du renouveau de la Théologie spirituelle ( la Mystique ) avant le concile. De fait, les autres renouveaux se sont poursuivis, et en conflué au Concile Vat II, tandis que le renouveau en Théologie spirituelle s'est comme arrêté. Il faut vraiment se placer dans ce monde des années 20, 30 et 40 pour sentir pétiller ce renouveau. Voir les productions qui en sont les témoins: les Revues, les Livres, les Cours, les personnes, les Dictionnaires etc. Rien que le Dictionnaire de Spiritualité : un monument! La revue Carmel, les Etudes Carmélitaines, la revue d'Ascétique et de Mystique, la Vie spirituelle des dominicains etc. Les grands Maîtres tels Garrigou-Lagrange, Poulain, Gabriel de sainte Marie madeleine, etc. C'est aussi le moment du Néothomisme, où Maritain et Garrigou-Lagrange sont proches. C'est donc un renouveau impressionnant et puis, tout cela fait "pschitt", s'évapore brutalement.

Il est nécessaire de se poser très sérieusement la question car cette époque n'est pas si lointaine. Plusieurs réponses sont offertes par l'Ecole de Marie, dans le sens que l'Ecole tache d'éviter les écueils de ce renouveau, en en tirant les leçons et surtout en prenant part au nécessaire développement de la Théologie spirituelle[43]. Le travail en Théologie spirituelle doit avoir une série de caractéristiques imbriquées et intégrées ensemble. En voici quelques unes qui, par leur absence, expliquent l'affaissement du renouveau de la première moitié du vingtième siècle:

 

1- Il ne faut jamais quitter la Bible

 

Le Concile dit bien qu'elle est l'âme de la Théologie (DV 24; OT 16), et c'est vrai! Souvent les auteurs de cette époque étaient loin de la Bible comme source directe de leurs raisonnements! Nous ne pouvons "saupoudrer" de quelques citations de la Bible un travail dont les sources principales sont la métaphysique, le néothomisme, le dogme (pris comme formule), la révélation (idem), ou tout simplement la pensée et les idées reçues de l'auteur! Il est évident que les conclusions de tels travaux ne peuvent être fausses! Mais cela ne suffit point pour avoir un ressourcement, un renouveau durable, car les cultures et les mentalités changent! Une méthode plus fondée sur la Bile résisterait plus à l'usure du temps et serait plus riche. C'est pour cela que la double condition: 1- faire sa lectio 2- retrouver les sources de la Théologie Spirituelle dans la Bible est vitale. C'est un travail qu'ils ont négligé. Il suffit de reprendre la production de ce temps pour s'en rendre compte! La Bible n'est pas le point de départ, ni le cœur, ni l'arrivée! Elle n'est pas la moelle intérieure de la démarche théologique. Le Concile le rappellera: l'Ecriture est l'âme de la Théologie.

 

2- La méthode du fil triple

 

La méthode du fil triple n'est pas toujours appliquée, ni enseignée. Le fil triple est les trois grâces à recevoir que rappelle sainte Thérèse d'Avila:

a) expérience de Dieu

b) compréhension de cette expérience (re-connaissance)

c) discernement/transmission de cette expérience.

Articuler ces trois grâces de manière harmonieuse est un art de vivre, un art d'étudier, un art de transmettre, une source de 3 grâces combinées. C'est la formation même du futur Maître en Vie Spirituelle. Sainte Thérèse a trouvé une mention de ces trois grâces chez le franciscain Francisco de Osuna dans son "Tercer abacedario" III,2. Nous trouvons cette doctrine plus développée chez saint Thomas d'Aquin quand il parle de la Sagesse dans II-IIae q. 45 a 5, rep.

 

3- La finalité du chemin

 

Pour plusieurs siècles le chemin de la vie spirituelle et sa forme ont été d'inspiration platonicienne[44] réductrice qui propose comme but d'arriver à l'union à Dieu et puis il n'y plus que la mort par la suite. Ce qui est comme proposer un programme de croissance absurde, car non à l'imitation du Christ! Par contre, après l'union au Christ, il y a toute une partie du chemin spirituel encore à parcourir, dans l'imitation du Christ qui se donne et donne sa vie. Certes Garrigou-Lagrange parle de "l'apôtre parfait", mais il reste que c'est une montée, incessante, montée dont on ne revient point. On vise le ciel et non, comme le Christ et avec le Christ: la terre à féconder.

 

4- La Praticité manque cruellement!

 

Les auteurs du renouveau de la première partie du vingtième siècle sont souvent de gros cerveaux métaphysiques (rien de mal en cela) mais qui manquent cruellement de praticité! Ils se penchent peu sur les questions pratiques de méthode et d'applications qui nous permettent, elles, d'entrer véritablement en contact avec Dieu! Ils ont cruellement manqué de vision pratique, de données pratiques! Ils ne se sont pas vraiment donnés la peine de penser au pauvre peuple et de lui expliquer: "comment faire" pratiquement pour y arriver! Or la théologie spirituelle est une science pratique.

N'oublions pas que la lectio divina à cette époque n'existait pas! Ce qui fait que pratiquement, c'est un gros problème en Théologie spirituelle! Ce qui fait qu'elle était alors inconsciemment remplacée par le fameux: travail des vertus (trop ascétique)! Et n'oublions pas que trop souvent les héros de ce renouveau se sont chamaillés par revues interposées sur une question cruciale: la contemplation est-elle infuse ou acquise? Mais ce qui est dramatique c'est que la bagarre s'est terminée par la fatigue et non avec un résultat palpable! Ceci est grandement regrettable.

Il est vrai que l'obéissance intérieure à la Parole de Dieu que rend possible la lectio divina est plus efficace que le cilice! Elle est même plus efficace que le fameux "travail des vertus", un peu arbitraire, qui semble mettre tous les ingrédients, mais de manière hétéroclite. La lectio a la grâce qui soude les opérations intérieures.

Cette question du manque de praticité, est une des raisons principales de la faillite, et du gros Pschitt. Car le côté "applicatif" est fondamental dans la Théologie spirituelle, c'est une science pratiquement pratique comme disait Maritain. Il ne suffisait pas de le dire, il fallait en travailler les conséquences! Le rôle de la Théologie spirituelle est de nous dire: ce que je dois faire pour y arriver!

 

5- La place de la théologie spirituelle dans l'édifice de la théologie

 

La Théologie spirituelle (ascético-mystique) telle qu'elle fut enseignée, n'avait pas vraiment une place majeure dans l'édifice de la théologie[45]! Elle faisait partie des matières mineures! Elle fait encore partie des matières mineures du Cursus actuel de théologie! Les auteurs la mettent une fois sous la Morale , ou sous la Pastorale ! Parfois même sous la liturgie! Dame mystique, elle, se trouve maltraitée! Le gros problème pourtant soulevé par le Concile demeure: on ne voit pas l'ensemble des matières et les liens entre elles. L'étrange dissociation entre Théologie et Vie Spirituelle fait que l'enseignement de la Théologie Spirituelle est dissocié des autres disciplines. Elle n'est pas du tout déterminante, façonnante (elle n’informe pas tout le reste des matières). Nous sommes bien loin du schéma de la Clef.

Une des plus belles démonstrations de cette catastrophe pré et post-conciliaire c'est que notre catéchisme de 1992 n'avait au départ que 3 parties. La quatrième partie manquait dans les premiers schémas du Catéchisme! La Théologie spirituelle manquait (de fait sa croissance et son développement se sont arrêtés avant le Concile). Ceci est incroyable, certes, mais c'est la démonstration évidente que nous n'avons pas vraiment un enseignement bâtit et complet en Théologie Spirituelle. Il nous manque un Corpus complet de théologie spirituelle. De plus, il faudra, pour mieux voir les liens entre la théologie spirituelle et les autres branches de la théologie développer les matières qui constituent les liens et les "ponts" dans le schéma de la Clef.

 

 

6- Absence d'un dénominateur commun

 

Aujourd'hui encore, nous enseignons souvent "selon les écoles". Voilà encore un défaut : l'absence d'un dénominateur commun dans l'Eglise, d'un bagage commun à tous, avant même de parler d'Ecoles de spiritualité. Or aujourd'hui, nous sommes si divisés en "Ecoles", que nous n'avons pas de "fond commun", de "Corpus doctrinal" valable pour tous! Dès que les questions de théologie spirituelle sont abordées, on a tendance à catégoriser les personnes en écoles de spiritualités, et par le fait même de négliger un discours à la fois commun et de fond. Au bout du compte, paradoxalement, pour les choses qui sont essentielles (comme la pratique de la vie spirituelle), peu nous unit. Ceci ne laisse pas de donner une forte impression de cacophonie régnante!

La multiplicité des écoles de spiritualité et la fragmentation du savoir dans la mystique désoriente les fidèles et les théologiens, crée la confusion et séparation parmi eux ("j'appartiens à telle famille spirituelle"). Ceci provoque un affaiblissement de l'Eglise et engendre un manque de clarté sur les points fondamentaux. Dans ce sens, il est bon de travailler à déterminer un dénominateur commun de toutes les spiritualités qui soit valable pour tous, un minium de théologie spirituelle qui  nous fasse rejoindre la sainteté. Ceci requiert discernement et critères pour choisir.

 

 

7- La théologie de la formation du Pasteur

 

Le Pasteur ne nait pas pasteur, il le devient. Un prêtre a deux dimensions en lui, il y a comme deux êtres en lui: 1- ce qu'on appelle le Sceau du Sacrement (le Christ tête en lui, qu'il représente et en vertu duquel il prêche et confère les sacrements) et 2- son humanité (qui doit se sanctifier et savoir porter (au sens fort) la mission sacerdotale aussi). Dans la Contre-réforme , on a trop concentré l'attention sur l'ex opere operato (la validité du sacrement quel que soit l'état du prêtre: en état de péché ou pas): Messe, Confession etc. La Messe est valide même si le Prêtre est en état de péché mortel. Ce qui est normal, mais on ne réduit pas le prêtre et son action (sa fécondité) à de l'ex opere operato (le sacrement opère par sa propre vertu). Il y a tout le côté humain dans le prêtre qui porte la Perle et la transmet. Et nous n'avons pas développé suffisamment la croissance de ce côté humain et l'influence de cette croissance sur la "performance"/fécondité du prêtre. Il y a là une veine très riche à approfondir et qui a des conséquences immenses sur le tout : manière de faire la théologie, de la pastorale etc.

 

            Le Père Marie Eugène en parle pourtant à la fin de "Je veux voir Dieu", il a un traité génial où il étudie le lien entre croissance de l'Amour et Apostolat. Ce fut repris de manière géniale par le P Wilhélem de l'Institut Notre Dame de Vie qui l'a développé! Mais il faut que cet angle de vue se répande et se généralise.

 

Du temps de l'entre deux guerres, on n'a pas suffisamment développé le prêtre en tant que sujet humain, appelé à la sainteté, on n'a pas étudié (même aujourd'hui) l'influence réelle (au dedans et au dehors du prêtre) de la sainteté sur sa manière d'exercer le sacerdoce, sur sa fécondité etc.

 

Prenons un exemple: Un prêtre formé à la vie spirituelle, à la pratique de l'oraison, saura par exemple prier la Messe différemment et emporter les fidèles dans cette prière de manière plus profonde. C'est toujours la même Messe, mais la manière de la vivre sera fructueuse. Cela s'apprend et est le fruit de la Théologie spirituelle bien faite et bien pratiquée. Soulignons le fait que le Prêtre "lance la couleur" (dans tous les rites du monde) au début de la Prière Eucharistique en disant: "Elevons notre cœur"! Nous sommes en droit de nous poser la question suivante: "nous voyons bien cette constante dans toutes les liturgies; qu'est-ce que la liturgie nous demande de faire quand elle nous invite à: "élever notre cœur"? Les Prêtres peuvent célébrer la Messe sans "élévation en Dieu", et, au contraire, ils peuvent former leurs fidèles et le faire avec eux: "Elevons notre cœur!", et c'est le mouvement de la Prière du Cœur.

 

Il pourra dire: "élevons notre cœur!" et se taire un instant! Silence total. Il donnera l'espace aux fidèles d'agir intérieurement comme le recommandait sainte Thérèse d'Avila d'unir la prière avec le cœur lors de la prière vocale. Ainsi on priera différemment, car dans ce dernier cas on est immergé en Dieu tandis qu'habituellement, pas nécessairement! (c'est laissé ad libitum) Le sacrement est le même! mais célébrer la Messe ainsi, c'est tout autre chose! L'ex opere operato est le même, mais l'action du prêtre est tout autre! L'humanité du Prêtre, porte la Perle (le Sceau Sacerdotal en lui) et le porte aux fidèles avec une Puissance bien plus grande! Voilà ce qu'on attend du prêtre qui célèbre.  La Messe est la même physiquement, mais les cœurs ici plongent… et brûlent !

 

8- Développer la place juste de Marie dans la Théologie spirituelle

 

Marie est le sujet parfait de la foi, la réalisation parfaite du croyant, son idéal, son archétype. Le Catéchisme signale cette affirmation fondamentale de la foi chrétienne et de la théologie spirituelle. Elle doit être développée. Soulignons la place de Marie comme lieu de formation (sein qui façonne le théologien). De plus elle est "théologienne" par excellence, la liturgie la présente sous cette dimension à plusieurs reprises: "Maîtresse de vie spirituelle", "destructrice de toutes les hérésies", etc.

"Dans le dernier de ses sermons universitaires, donné le 2 février 1843, Newman commentait le mot de S. Luc, "Marie conservait ces choses en son cœur", et il montrait en la Mère de Dieu notre modèle, tant pour accepter la foi que pour l'étudier. Il ne lui suffit pas de l'accepter, elle s'y arrête; non seulement elle la possède, mais en même temps elle s'en sert; elle lui donne son assentiment, mais elle la développe; elle soumet sa raison mais elle raisonne sa foi: non pas, comme Zacharie, en raisonnant d'abord pour croire ensuite, mais en croyant d'abord, puis, par amour et révérence, en raisonnant sur ce qu'elle a cru. Ainsi elle symbolise pour nous, autant que la foi des simples, celle des docteurs de l'Eglise, qui ont à chercher, à peser, à définir comme à professer l'Evangile; à distinguer la vérité de l'hérésie, à prévoir les diverses aberrations d'une fausse raison, à combattre avec l'armure de la foi l'orgueil et la témérité, et ainsi à triompher du sophiste et du novateur."[46]

 

 

9- Développer l'union au Corps mystique du Christ

Dans le cadre de la théologie spirituelle, il est important de développer le lien intérieur et spirituel entre le fidèle, sa croissance spirituelle et l'Eglise, Corps mystique du Christ. Le P Marie Eugène est ici aussi pionnier, mais il faut développer cette dimension en l'étudiant et en l'approfondissant. De fait, l'union au Christ n'est pas uniquement l'union au Christ Tête mais aussi l'union au Christ Corps! Et toute grâce est une petite union au Christ, à la fois Tête et Corps. L'amour de Dieu et l'amour du prochain, sont le même Amour: l'Esprit Saint.

 

 

10- Développer les questions de pédagogie

 

Les questions de pédagogie sont à travailler, développer et approfondir, au service de l'enseignement de la Théologie spirituelle, science pratique. Il est bon d'utiliser tous les moyens pour la transmettre: en plus de la parole, utiliser l'image théologique: dessins, icônes, lignes, contours, couleurs!

Il est important aussi de trouver une formulation compréhensible au commun des mortels et par conséquent : parler le langage d'aujourd'hui. Le Christ utilisait bien des paroles et des exemples simples, et ceci n'enlevait rien de la profondeur de son message. Le vocabulaire de saint Jean l'Evangéliste est très réduit et simple.

 

 

Ces 10 points et bien d'autres qui suivent (cfr. plus bas) manquaient au renouveau de la première moitié du siècle dernier, ce qui fait qu'il n'a pas duré. Cela est regrettable car beaucoup d'efforts ont été déployés, mais cet échec est une grande leçon, une leçon très dure, et c'est à nous d'apprendre de cet échec à ne pas retomber dans les mêmes erreurs! Cela devrait susciter une démarche de réflexion et d'analyse et en tirer les conséquences!

Cet ensemble de 10 points (et  les autres plus bas) et sous-points aussi (la "lectio surnaturelle" et la "Prière du Cœur surnaturelle" (expliquer le mouvement de la PC )) sont en fait, par effet miroir les caractéristiques et de la Ecole de Marie et de la future Théologie Spirituelle.

 

XI- D'autres caractéristiques de l'enseignement en théologie spirituelle

 

Présentons quelques aspects parmi les plus pertinents de l'enseignement pour les besoins de l'homme moderne.

 

1- Synthèse organique

 

La nécessité d'une explication synthétique et organique des différents concepts de la vie spirituelle exprimés de manière accessible et pratique. Il nous arrive souvent d'avoir une information incomplète ou tronquée de la vie spirituelle, d'avoir une théologie spirituelle fragmentaire, qui ne tient pas compte des autres branches de la théologie, de la vie (dogme, liturgie, morale, vie quotidienne).

 

2- L'explication du facteur déclencheur du surnaturel

 

L'explication du côté déclencheur du surnaturel infus et dans la lectio et dans la prière du cœur. Il est capital de connaître les secrets de la vie spirituelle, de ses lois fondamentales, des facteurs déclencheurs de la vie surnaturelle[47]. Une lectio divina peut être surnaturelle, ou tout simplement "plate", sans contemplation infuse, sans communication réelle avec le Seigneur! C'est un art et une science que de connaître le fonctionnement efficace de la lectio divina. Nous pouvons dire de même pour ce qui est de la prière du cœur (ou oraison). Il est important d'apprendre à faire le mouvement d'oraison, et de comprendre ses conditions de fonctionnement surnaturel, externes et internes.

3-  Fécondité et répercussions

 

            L'enseignement de ce type a d'énormes répercussions sur l'Eglise, sur la Paroisse , sur les Ordres religieux, sur le Sacerdoce, sur l'exercice du ministère sacerdotal, la manière de le concevoir. Cette vision féconde fortement toute l'activité de l'Eglise et met à un niveau de profondeur digne de la sainteté même de Dieu.

            Répercussions positives d'un tel travail sur le dialogue avec les autres religions, plus particulièrement les plus contemplatives parmi elles, come celles de l'extrême orient.

 

            Une telle articulation des deux sciences est éminemment bénéfique pour la théologie, pour la simplifier, l'assainir et la revigorer du dedans. Ceci a des répercussions soit sur la manière de l'exercer, soit sur la manière d'en définir les bases (la théologie fondamentale). Elle devient alors ouverte à la dimension spirituelle et capable de communiquer avec la mystique, la complétant de manière harmonieuse et l'exprimant à sa manière au monde.

 

4-  L'enseignement est un moyen fondamental pour susciter la vie spirituelle

 

La foi et par conséquent la vie spirituelle viennent par l'ouïe, c'est à dire par la prédication nous rappelle saint Paul (Rm 10,17). C'est un principe rabbinique que saint Paul ne fait que nous rappeler! Dieu donne sa grâce dans la mesure où nous nous acquittons de notre tache et charge dans l'Evangélisation! Nous pensons souvent que Dieu donnera toujours ses grâces avec ou sans nous, c'est vraiment se faire des illusions et oublier la loi fondamentale de l'Incarnation. Saint Jean de la Croix à sa manière rappelle cette loi[48]! Ce qui fait qu'il est très important d'approfondir la Doctrine mystique en tant qu'enseignement et ce, afin qu'en la communiquant aux autres, l'on permette à Dieu de donner plus abondamment ses grâces! Notre responsabilité ici est énorme! Et nous sommes bien en deçà du minimum requis.

Un enseignement et une formation sont un moyen fondamental pour susciter la vie spirituelle. Il est nécessaire d'avoir un enseignement clair, moderne, profond, substantiel, fidèle aux richesses du passé à la Tradition mystique vivante de l'Eglise.

 

5- Une topographie claire

 

Il est nécessaire d'avoir une topographie claire du chemin à parcourir pour connaître les étapes qui se suivent et comment les affronter.

Beaucoup sont même encore aujourd'hui perplexes quand à la conception des étapes d'un chemin de croissance et au nom de la légitime diversité des écoles prétendent qu'exprimer la croissance spirituelle par des étapes de croissance est un excès. Ils prétendent que bien des choses sont expérimentables à différentes étapes! Oubliant de faire retenir deux corrections à cette affirmation:

            a) les étapes se ressemblent, et sont une montée hélicoïdale, ce qui fait que bien des phénomènes se ressemblent, bien que  n'appartenant point aux mêmes étapes.

            b) distinguer entre le perçu et ce qui a lieu réellement au plus profond de l'être humain! Les étapes en soi, sont ce qui a lieu au plus profond d'un être humain! La perception et plus encore l'interprétation de ce qui est perçu peuvent vraiment induire en erreur! Le discernement est de mise et corrigerait bien des confusions qui ôtent à la croissance sa légitime existence et le minimum de catégorisation qui lui ressort.

 

6- La méthodologie doit changer

 

Approfondir la Mystagogie , l'Initiation aux mystères. Entreprise la plus difficile. Pourtant si on regarde le travail d'inculturation de certains courants respectables de spiritualité moderne non chrétienne, nous trouvons que le travail a déjà été fait. Sans renier le contenu de la foi, les points de repères fondamentaux, on peut et même on doit faire ce travail au risque de continuer d'avoir un langage totalement hermétique à l'homme ou à la femme d'aujourd'hui!! Pourquoi d'autres personnes l'ont fait et nous ne le ferions pas? (En ce sens il y a du retard dans l'Eglise.)

Il ne s'agit pas de faire un manuel comme celui qu'ont fait les carmes de la Réforme de sainte Thérèse. Ils n'étaient pas des manuels complets comme on le souhaiterait aujourd'hui. Ils sont indigestes aujourd'hui. Leur langage est tout à fait hermétique à l'homme d'aujourd'hui. Or un travail pour aujourd'hui, doit être lisible par tout le monde. Et cela n'est point facile. Il faut avoir un langage simple, de style "scientifique moderne". La question du style et du langage est capitale. Car s'il n'est point lisible par la palette la plus large de personnes, alors le but est raté!!

 

 

XII- Questions de méthode

 

On reste insatisfait en ce qui concerne la manière de transmettre l'oraison et la vie de prière. La manière est classique mais vécue chez le P. Marie-Eugène, elle est déjà moderne mais encore prudente et sans grands écarts par rapport à nos saints chez le P Louis Guillet ou le P François de sainte Marie ocd ou le P Caffarel. Elle doit être moderne et dans le style et dans le contenu même si la substance est strictement la même. Il n'y a vraiment rien de nouveau sous le soleil. Mais la présentant de manière plus accessible et plus pratique à l'être humain d'aujourd'hui il y a des "nouveautés" qui apparaissent comme pour la première fois. Mais c'est tout simplement une illusion d'optique.

 

La praticité dans la méthode: ce qu'on donne doit être comestible, praticable, celui qui nous écoute doit pouvoir être aidé à appliquer ce qu'il entend, à voir le "comment faire" et à le faire.

 

1- Langage

 

Quand à la question du langage, du style, de la manière de faire, pour gagner en clarté, simplicité, profondeur et avec vérité. Il ne faut pas hésiter de faire évoluer les méthodes, même de rédaction et ce, afin de faire passer le message chrétien au monde d'aujourd'hui. Il y a différents moyens d'offrir un enseignement solide sur la vie spirituelle pour les temps modernes (ou post modernes), par une pédagogie de la vie spirituelle, préparer les hommes de notre temps aux cimes les plus élevées de la vie chrétienne, jusqu'au don total de leur vie. Aller à l'essentiel de la foi chrétienne, à son noyau dur, pratique, transformant avec un langage, des paroles différentes.

 

Quand au style et au langage je distinguerai quatre types:

 

- Le P Garrigou-Lagrange: classique, scholastique, métaphysique, peu pratique.

- Le P Marie-Eugène: classique renouvelé, vécu et nourri par l'expérience du Dieu vivant.

- Le P Louis Guillet: déjà moderne, plus centré sur l'Ecriture, plus simple, presque pas scolastique du tout, pourtant en gardant la forme mentale (ce qui n'est pas un défaut mais une nécessité, plus court, plus synthétique.

- Ecole de Marie: langage autre, moderne, percutant, dessins, précis, pratique et praticable plus scientifique que littéraire. Procédant tout entier de l'Ecriture. Attachement total à Marie.

 

            Mettre un peu d'esprit scientifique dans la méthode est important. La forme mentale est différente chez le littéraire et chez le scientifique. Nous avons tendance actuellement à avoir une généralisation de la forme scientifique et ce à cause de la technologie: télévision, ordinateur, Internet etc…

 

2- Pour ce qui est des croquis et de leur utilité

 

Les quatre langages sont bons, mais la méthode encore plus moderne est une méthode où l'on utilise le dessin théologique, ou iconique.

            Encore pour ce qui concerne la méthode on peut dire que les dessins sont importants, ils permettent de cerner beaucoup de réalités spirituelles que l'on ne peut cerner par un discours pur et abstrait. Le dessin est comme le symbole, il permet de mieux voir un aspect du mystère. Certes, il ne peut en aucun cas être complet et polysémique. Nous prenons donc ce qui nous convient de chaque symbole. C'est ce que l'on voit pour les notions fondamentales de la vie spirituelle, la lectio et l'oraison. Sans dessins, on ne peut pas vraiment faire passer le message (sauf peut-être pour des personnes déjà avancées et ayant donc une plus grande capacité d'abstraction).

 

3- La tache qui nous incombe

 

            Rappelons le caractère désuet du bombardement dogmatique. Le dogme même doit évoluer non dans son contenu, mais dans la manière de le présenter et de l'articuler avec la vie spirituelle.

 

- Sauver le dépôt de l'oubli qui le menace

- Distinguer entre le dépôt et la forme d'expression

- Avoir une intelligence profonde du dépôt

- Trouver les moyens modernes de l'exprimer sans qu'il ne perde rien de son contenu et de sa richesse. Dieu donne une grâce pour cela.

 

Paragraphe 62 de Gaudium et Spes:

"Dès lors, tout en respectant les méthodes et les règles propres aux sciences théologiques, ils sont donc invités à chercher sans cesse la manière la plus apte de communiquer la doctrine aux hommes de leur temps: car autre chose est le dépôt même ou les vérités de la foi, autre chose la façon selon laquelle ces vérités sont exprimées à condition toutefois d'en sauvegarder le sens et la signification."

             "Que les croyants vivent donc en très étroite union avec les autres hommes de leur temps et qu'ils s'efforcent de comprendre à fond leurs façons de penser et de sentir, telles qu'elles s'expriment par la culture."

            La phrase clef de ce paragraphe du Concile est celle de Jean XXIII à l'ouverture du Concile: autre chose est le dépôt même ou les vérités de la foi, autre chose la façon selon laquelle ces vérités sont exprimées et pour faire ce travail il faut que l'intelligence humaine puisse, avec l'aide de Dieu, saisir de manière je dirais "dépouillée" le dépôt de la foi. Apprendre à distinguer entre le contenu et la forme qui l'exprime, saisir intelligemment et avec profondeur le contenu. Donc la grâce propre à notre temps (qui est le temps d'avant et d'après le Concile) est une grâce d'intelligence du dépôt. Savoir distinguer entre forme et contenu et s'attacher au contenu. C'est une grâce d'intelligence du dépôt. Lire à l'intérieur des formes vétustes ce qu'il y a de pérenne. Descendre toujours plus profond, jusqu'au noyau dur du dépôt, du sujet traité. Descendre tant qu'on peut descendre afin de ne pas tomber dans le piège de s'arrêter en confondant dépôt et forme d'expression du dépôt. C'est comme une analyse psychologique qui touche le fond de la psyché. Ceci requiert un effort unique d'assimilation du dépôt. C'est comme si pour la seconde fois de l'histoire nous étions appelés à comprendre, assimiler, faire nôtre la foi chrétienne, l'annonce de l'Evangile. Wojtyla, dans son livre sur l'application du Concile, utilisait le terme: "prendre conscience".

            Car en fait nous sommes face à une cassure historique où les formes passées se sont évanouies et sont passées dans l'archive de la désuétude, du mauvais goût et des langues inconnues. Nous sommes dans un tournant historique où les formes ne sont plus acceptées, où nous utilisons des moyens qui ont rayé de la carte les anciens moyens! La forme ancienne disparaît et elle est un "langage". Ce qui fait que nous sommes en passe de ne plus pouvoir "lire" le passé.

            La tache est donc immense et extrêmement exigeante, elle nous oblige, nous accule à toucher le fond du Don de Dieu avec intelligence.

            L'idéal c'est de se laisser guider par l'Esprit Saint pour se laisser imprégné par le monde ancien (d'avant 1968) et qui n'avait aucune difficulté à accepter l'Eglise afin de plonger dans le meilleur de sa Tradition et de son passé afin d'en extraire la richesse et ensuite la proposer au monde. Cette plongée suppose de découvrir d'autres "langues", de les pratiquer, et ainsi, par leur intermédiaire d'explorer le monde du dépôt de la foi, le monde de la vie spirituelle. Ici "langue" est utilisée pour indiquer la forme d'expression, la culture des temps passés. Car la forme d'expression véhicule tout une monde, toute une culture, tout un espace, une conception, etc… Il ne s'agit pas obligatoirement de "langues" au sens propre du terme, mais de "mondes culturels".

 

"La recherche théologique, en même temps qu'elle approfondit la vérité révélée, ne doit pas perdre contact avec son temps, afin de faciliter une meilleure connaissance de la foi aux hommes cultivés dans les différentes branches du savoir." En ce sens, le monde nous dicte la vitesse que l'on doit adopter. Et cela ne facilite pas la chose. Car nous devons nous instruire et nous ne pouvons pas non plus nous désolidariser de notre monde. C'est un état de tension, qui nécessite à la fois immersion mais aussi abstraction, et sagesse, hauteur de vue, profondeur aussi liée au passé et aux leçons de l'histoire.

            "Ne pas perdre le contact avec son temps." Conseil clair, ferme. Mais ô combien exigeant. Et il se trouve que tout ce que propose le monde n'est pas mauvais. Bien au contraire et cela agrandit le défi. Car il nous faut assimiler beaucoup de chose que le monde offre, découvre, et desquelles il vit!

            Se couper du monde c'est refuser l'Incarnation, c'est annuler les 31 années que le Seigneur a passées sur terre afin de s'approcher de nous, et de nous comprendre du dedans en son humanité.

            Il y a des langages plus dépouillés et des langages plus lourds et attachés à leur époque. Prenons un exemple en musique: Mozart est léger, son langage transcende plus facilement le temps et les cultures. Beethoven moins. Par exemple saint Augustin est plus léger, il passe, il transcende le temps plus facilement.

 

4- Comment opérer?

 

            En vue de constituer un "Corpus doctrinal" mûr pour la quatrième partie de l'Enseignement chrétien pour adultes, la première chose à considérer est sa Science propre: la Mystique.

            Ensuite il faudra apprendre les méthodes propres de cette science et être formé à sa vie.

            Il sera nécessaire de croître dans la maîtrise de ses méthodes qui sont comme une corde à triple fils bien unis: la science, l'expérience et le discernement.

            Enfin, il faudra appliquer ces méthodes et progresser dans la manducation des Paroles propres à cette science car c'est ce qui compte afin de constituer le "corpus doctrinal".

            Nous avons besoin de considérer les articulations profondes qui soutiennent le Corpus.

            Il nous faut bâtir le Corpus en ordonnant de manière organique les "Paroles" qui le composent.

 

 

XIII- La méthode intérieure du théologien

 

 

1- Le processus intérieur de naissance des paroles du Corpus

 

            Les Paroles du Corpus, naissent, apparaissent, prennent corps en nous, par une opération mystérieuse présidée par l'Esprit Saint et Marie. Le processus de cette naissance des paroles et la constitution du Corpus suit plusieurs étapes :

 

1-     Ecoute de la Parole de Dieu.

 

2-     Mise en pratique de la Parole de Dieu.

 

3-     Expérience de Dieu (dans la partie supra-consciente, l'esprit).

 

4-     Perception de cette expérience (dans la partie consciente, l'âme: l'intelligence), prise de conscience.

 

5-     Compréhension, appropriation, confrontation avec la Tradition Mystique vivante, vérification, reconnaissance, intégration, repérage, intégration dans une Tradition. Discernement. Intervention d'un Maître humain. C'est l'opération la plus délicate.

 

6-     Arriver au cœur de l'intelligence de la lumière reçue, de manière presque dépouillée (intelligence nue des vérités) au-delà et au-dedans de l'écorce des mots. Apprenant à bien distinguer le contenu de la forme qu'il revêt à un moment donné de l'histoire.

 

7-     Formulation dans le langage d'aujourd'hui, sans édulcorer l'essence, respectant les deux bouts : Dieu qui inspire et l'homme qui attend la nourriture. Formation : naissance des Paroles.

 

8-     Constituer le Corpus.

 

a)      Déterminer les parties de la matière, en passant des grandes parties aux unités simples.

b)      Articuler la matière de manière organique et proportionnée, graduelle.

c)      La présenter, en expliquant et développant les notions afin qu'elles soient non seulement comprises mais aussi mises en pratique de manière efficace.

 

 

2- Les qualités indispensables du théologien

 

            Ci-dessous sont énumérées quelques qualités indispensables pour tout opérateur dans son travail à accomplir dans ce Corpus et qui doivent être les étoiles qui le guident constamment:

 

1-     Toutes ces étapes sont habitées d'un esprit surnaturel de prière constant, cherchant de tout notre être une fidélité renouvelée quotidiennement à l'Esprit Saint qui est le Maître de toutes ces opérations et à Marie leur Mère. Ceci suppose de grandes qualités d'écoute, de fidélité, d'attention à Dieu en tout et d'intuition de son action partout et avec nous.

 

2-     Patience dans ce labeur. Eviter d'aller trop vite et de brûler les étapes. L'étape de la reconnaissance est l'étape sans doute la plus difficile et plus délicate à gérer. On a besoin d'un Maître humain à ce niveau qui guide cette patience, l'oriente, la fait persévérer, et la fait aboutir.

 

3-     Savoir s'appuyer sur la Parole de Dieu méditée personnellement et quotidiennement, digérée, et devenue notre propre substance comme ce fut le cas des Pères de l'Eglise et des Mystiques comme Jean de la Croix.

 

4-     Savoir être familier et étudier à fond les trois grands Docteurs mystiques: Jean de la Croix , Thérèse d'Avila, et Thérèse de l'Enfant Jésus. Sans exclure tous les autres auteurs mystiques et spirituels.

 

5-     Clarté de l'exposé (éviter l'abstrait et le lointain, éviter les obscurités et ne pas se prononcer quand on ne sait pas). Utiliser toutes les méthodes disponibles aujourd'hui. Pensons aussi aux dessins qui facilitent la compréhension. Tant qu'une chose n'est point claire pour soi, il faut attendre avant de s'exprimer.

 

6-     Facilité à pratiquer. On propose une chose à pratiquer, et une Vie divine naît chez qui met en pratique. Garder le sens de l'humain, et de la pratique. Tant qu'une chose n'est point facile, il faut éviter de faire porter aux autres un fardeau que soi-même on ne porte pas! Le joug du Christ, l'Esprit Saint, est léger, visible et praticable. Ne compliquons pas la vie aux autres.

 

7-     Efficacité pratique. C'est inutile de présenter des choses qui n'ont aucune efficacité. Il y a des pratiques plus prioritaires que d'autres. Savoir hiérarchiser, élaguer sans édulcorer. On ne perd jamais de vue la praticité de ce Corpus, qui est appelé à être mis en pratique et à se transformer en Vie dans les personnes qui s'en nourriront.

 

 

3- Lien entre croissance spirituelle et capacité d'assimilation théologique

 

            Il est fondamental dans la formation en théologie de développer cette "science" du lien entre la croissance spirituelle est la capacité d'assimilation théologique. Optatam Totius (nn° 8, 16 et 17) souligne la nécessité d'une assimilation de la matière étudiée. Il est donc nécessaire d'offrir plusieurs voies aux étudiants en théologie pour trouver le lien entre leur vie spirituelle d'un côté (vie et théologie spirituelle) et la théologie (dogme, sacrements, morale, pastorale). Il est urgent et vital de présenter une étude chez sainte Thérèse d'Avila (à l'image de celle que fit le P Marie pour l'apostolat) du lien entre d'un côté la croissance de l'Amour et de l'autre la capacité visive, la "digestion" intellectuello-spirituelle, la "perception théologique" et la redondance de la contemplation profonde dans l'âme. Un livre assez lumineux à cet égard, affronte le lien entre croissance spirituelle et contemplation: Louis Guillet, "Seigneur augmente en nous la foi", Anne Sigier, 1993. Il est un jalon sur le chemin de renouveau vers une Théologie intégrale.


XIV- La Fonction ecclésiale du théologien

 

            Nous en venons à une question cruciale pour l'Eglise: quel devrait être le statut du théologien dans l'Eglise? Quelle est sa fonction? Est-ce une vocation à part entière?

 

L'obligation morale

 

            Avant tout il nous faut nous poser la question même de la Révélation et de sa Réception. Cette dernière n'est point de moindre importance que la première. Quelles sont les garanties et les fonctions qui assurent la réception de la révélation. Si d'un côté nous reconnaissons dans l'Eglise que la Révélation est close avec la mort du dernier apôtre, la Tradition de l'Eglise reconnaît que l'intelligence de la Révélation , elle, n'est point "close", mais elle continue dans le temps et se développe. C'est une doctrine reprise par J.-H. Newman, et entérinée par le Catéchisme de l'Eglise Catholique (1992).

 

            "Même si la Révélation est achevée, elle n'est pas complètement explicitée; il restera à la foi chrétienne d'en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles." (CEC 66)

            "Grâce à l'assistance du Saint Esprit, l'intelligence des réalités comme des paroles de l'héritage de la foi [contenu dans la Sainte Tradition et dans l'Ecriture Sainte (CEC84)] peut croître dans la vie de l'Eglise:

            - Par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent en leur cœur [Marie]; c'est en particulier la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée.

            - Par l'intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles; les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble.

            - Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité." (CEC 94)

            "Le rôle des révélations privées est d'aider à vivre plus pleinement la Révélation définitive du Christ à une certaine époque de l'histoire."

            "La tradition de la prière chrétienne est l'une des formes de croissance de la Tradition de la foi, en particulier par la contemplation et l'étude des croyants qui gardent en leur cœur les événements et les paroles de l'économie du salut [Marie], et par la pénétration profonde des réalités spirituelles dont ils font l'expérience. (Cf. DV8)" (CEC 2651)[49]

 

Si d'un côté nous y voyons une grande avancée que de rendre ce point de doctrine si commun qu'il apparaisse dans le Catéchisme, d'un autre côté, la question de l'organisation de la réception de la plénitude de l'intelligence de la Révélation n'est pas posée[50]. Elle reste dans le vague. Cependant, étant un processus toujours en cours, dans le temps, il est important, même vital, d'accorder toute son importance aux moyens investis pour garantir une "bonne santé" à la réception de l'intelligence de la révélation. C'est une obligation morale de toute l'Eglise. Cette fonction est fondamentale et vitale car c'est d'elle que dépend la prédication de l'Evangile. Elle est cette Flamme allumée, cette colonne érigée, ce sel salé qui garantissent la largeur, la profondeur, la hauteur de la perception de ce qu'est l'Evangile.

            Si la garantie d'orthodoxie est assurée par le Magistère, le moteur pour avancer est surtout (sans exclusivité bien sûr) le propre du Corps des Théologiens.

            Ce qu'il faut comprendre c'est que "être théologien" est une fonction, une vocation, une place dans l'Eglise. Pour cela, non seulement elle doit être occupée par des personnes – et des personnes formées et qualifiées – mais il est bon de tenir compte des méthodes et des modalités de cette responsabilité.

            Il faut le dire, nous vivons une époque, post "tremblement de terre" (années 60-70), une époque de profonde remise en cause de la foi, de la théologie et des théologiens. Et le Magistère n'a pas hésité, plus d'une fois, à mettre les points sur les "i" pour ce qui est des théologiens et de leur fonction dans l'Eglise, de leurs rapports avec les Magistère et les Evêques. Ce qui a peut-être donné l'impression d'un discrédit porté à la vocation de théologien. Mais si on lit les textes, et si on médite la vocation du théologien, il est évident que non seulement le Magistère[51] n'entendait pas cela (il répondait qu'à certaines préoccupations et ne prétendait pas apporter une vision complète de la question), mais qu'il est de notre devoir de promouvoir la fonction vitale de Théologien.

La vocation de "théologien" est une des plus difficiles, car elle requiert, comme nous l'avons vu plus haut, une grande fidélité intérieure à l'Esprit Saint, une vie de prière très intense, et une ardente discipline de l'intelligence, qui se soumet à la LumièreAmoureuse de Dieu. La très haute responsabilité du Théologien lui impose une humilité et une piété hors du commun. Nous le voyons bien à l'examen que fait l'Eglise quand elle s'apprête à déclarer un saint "Docteur de l'Eglise", elle cherche si le candidat avait une "sainteté éminente".

 

            Il est important de prendre conscience que c'est une place bien établie dans le peuple de Dieu, une vocation comme une autre et une fonction vitale pour l'Eglise. La prédication de l'Evangile et la sanctification des âmes dépend d'elle ainsi que la vie monastique et religieuse, et l'organisation de l'Eglise. C'est de la réception de l'Evangile que dépend la vision que nous nous faisons de la foi. Et celle-ci dépend étroitement de l'effort de ceux qui ont cette fonction de théologien.

 

 

Une vocation parmi tant d'autres

 

            Vocation comme une autre, l'appel à devenir théologien devrait attirer plus notre attention afin de pouvoir mieux organiser la formation du théologien. Les méthodes doivent se développer, et bien que les vocations puissent se recouper, il est important de reconnaître que cette vocation, de soi, est distincte du fait d'être prêtre, ou moine.

            Il nous faudrait reprendre l'expression de "prophètes et docteurs" qui se trouve dans le Nouveau Testament et nous poser la question, si elle n'éclaire pas la vocation du Théologien, du moins en partie.

 

 

XV- Conclusion: la tache actuelle, jeter les fondations

 

Pour jeter les fondations de la théologie intégrale il faut avant tout bâtir deux corpus: celui de l'étudiant, c'est à dire toute la matière qu'il aura à étudier pour assimiler la théologie intégrale et celui du Maître. Former les enseignants, former les formateurs en théologie intégrale est fondamental.

 

 

Former le Corpus de l'étudiant

 

            L'unique possibilité pour qu'une telle vision des choses se réalise c'est qu'en prenant conscience des nécessités, un bon nombre de théologiens se lève et commence à explorer, approfondir et exposer toutes les parties nouvelles. C'est seulement ainsi que le savoir s'élargira et que l'on pourra adopter cette vision des choses.

 

Si on veut constituer une Somme Mystique, il faut au moins opérer ainsi :

 

1- déterminer les questions à traiter

2- déterminer l’ordre avec lequel elles doivent être disposées et traitées (déterminer les critères pour établir l’ordre)

3- déterminer les relations entre les questions

 

Donner une liste des matières, des points à traiter.

L’arborescence à établir. Partie, chapitre, article, question.

 

L'unique possibilité pour que cette vision des choses se réalise c'est qu'on prenne en charge l'approfondissement de ces questions (les 3 x 4 nouveautés) et qu'on les considère prioritaires et vitales dans la formation et dans l'étude de la théologie.

 

Nous avons besoin aujourd'hui, dans la formation du Théologien, du Prêtre, du Catéchiste, du fidèle, de passer d'une formation faible, faite à la maison, amateur, "pieuse", à une formation intellectuelle systématique de la vie spirituelle de la pensée et du comportement, et ce, par l'enseignement des 3 x 5 matières de la Théologie spirituelle qui manquent. Ainsi et le Maître spirituel et l'accompagnateur spirituel s'acquitteront purement de leur responsabilité au lieu de faire comme c'est le cas aujourd'hui et leur part et une part compensatrice de ce qui manque dans la formation systématique-intellectuelle à la vie spirituelle.

 

Car l'émergence de cet enseignement systématique-intellectuel de la théologie spirituelle consolide la formation, la développe, et pose les vrais problèmes: le travail intérieur qui est premier, ses lois et ses conditions, la solidité de sa forme et ses rapports avec la théologie tout-court.

 

            Cela va sans dire que le futur pasteur, ayant reçu une telle formation sera bien plus solide. Il aura reçu les outils nécessaires pour explorer son intériorité, il aura laissé le Christ entrer en lui en profondeur, il aura laissé le monde intérieur se développer et gagner en poids au point de constituer son centre de gravité, et la Source qui jaillit en eau vive pour abreuver ses frères. Le futur Pasteur, ainsi formé, aura reçu les moyens intellectuels, pratiques et spirituels lors de sa formation pour laisser le Christ croître en lui, il aura étudié les étapes de croissance, ses conditions, il sera devenu maître dans cette matière. Il pourra enfin dire avec saint Paul: "ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi"

 

Former le Corpus du Maître

 

Il ne suffit pas de former le Corpus Doctrinal de l'étudiant, des années de formation (premier cycle, second cycle et troisième cycle), il faut aussi former le Corpus Doctrinal du Maître! Il est fondamental de former des Maîtres, des Enseignants capables de transmettre la théologie intégrale.

 

 

La partie cachée de l'iceberg

 

            Cet exposé nous porte à prendre conscience de toute une partie cachée de la théologie qui devrait émerger, et qu'il faudrait formuler. C'est la tâche qui nous incombe aujourd'hui. Les avancées réalisées par les différentes sciences nous poussent vers ce développement de la Théologie : la psychologie, la neuroscience, les médecines complémentaires, les spiritualités d'autres religions etc. L'espace est prêt pour accueillir ce développement théologique, l'esprit du temps (signe du temps) appelle et comme "aspire" l'émergence de toutes les parties que nous pouvons voir en rouge sur le dessin. On ne peut plus continuer à ignorer le Sujet de la foi, sa manière de mettre en relation avec Dieu d'un côté et sa manière de se mettre en relation avec les différentes parties de la théologie actuelle. Dans le schéma qui suit, nous voyons toutes les parties sur lesquelles des équipes entières de théologiens devraient se pencher afin de faire émerger ce continent enfoui sous les eaux de l'implicite.

 

 

Jean Khoury, Londres, 7 Avril 2009

 

 


Annexe: Projet de Fondation de la Faculté de Mystique

 

 

L'appel du début du troisième millénaire

 

Ce Projet de Fondation d'une Faculté de Mystique entend répondre à l'Appel du Pape Jean Paul à l'aube du Troisième millénaire d'avoir un christianisme qui se distingue par sa capacité Contemplative, qui donne la Primauté à la sainteté[52], à l'Initiative de Dieu et à son action de Dieu, et qui est expert dans l'art de la Prière. Rappelons le contenu de l'Appel lancé par le Pape en ce début de Millénaire: "Permettez au Successeur de Pierre, au début de ce millénaire, d'inviter toute l'Église à cet acte de foi, qui s'exprime dans un engagement renouvelé de prière." (NMI 38) Mais cet engagement ne peut se contenter de méthodes superficielles, d'un laisser aller! "on se tromperait si l'on pensait que les simples chrétiens peuvent se contenter d'une prière superficielle" (NMI 34) Une pastorale de l'enseignement de la prière est nécessaire car "prier ça s'apprend": "Il est nécessaire d'apprendre à prier" (NMI 32) insiste le souverain Pontife. Une formation doit être donnée, qui tienne compte de la Tradition Mystique[53] de l'Eglise, et ce programme doit être au cœur non pas d'une orientation Diocésaine générale, mais aussi et surtout dans les Paroisses: "nos communautés chrétiennes doivent devenir d'authentiques «écoles» de prière" (NMI 33) Il insiste à nouveau: "Il faut alors que l'éducation à la prière devienne en quelque sorte un point déterminant de tout programme pastoral" (NMI 34), "il faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l'art de la prière" (NMI 32), "présenter la sainteté reste plus que jamais une urgence de la pastorale". (NMI 30) Il nous faut donc "rappeler cette vérité élémentaire", et en faire "le fondement de la programmation pastorale" (NMI 31)

 

 

Un Projet d'une nécessité vitale

 

            Il est difficile de présenter en peu de pages un Projet d'une aussi grande envergure que celui de la Fondation d'une nouvelle Faculté qui, de plus n'a jamais existé auparavant. Il faudra de toute façon entrer dans plusieurs détails techniques et scientifiques pour défendre une telle proposition. Elle pourra paraître à premier abord audacieuse ou même arrogante pour certains. Mais, au fur et à mesure qu'on lira, on constatera le bien fondé de cette Fondation/Création. Elle a parfaitement sa place et tout est légitime dans la démarche. Ceci requiert bien sûr un minimum de connaissances de la part du lecteur et bien sûr un intérêt pour ce genre de questions. Ce qui est certain c'est que ce Projet a besoin de mentalités nouvelles, pures, généreuses et courageuses, voulant donner leur place à l'intelligence et à la vie spirituelle. Il ne s'agit pas de reprendre d'anciens schémas et de les reproduire. Pourtant ce Projet est complètement enraciné dans la Tradition vivante de la Mystique.

 

            Ce Projet a pour but audacieux mais légitime et vital de fonder une Nouvelle Faculté dédiée uniquement à une Science qui n'a ni son Faculté ni la place qui lui revient dans le domaine du savoir: la Mystique. Aujourd'hui encore elle est une manière mineure dans la Faculté de Théologie.

 

La première objection que l'on peut présenter est que des Cours de Mystique (ou Théologie Spirituelle) existent déjà au Premier Cycle de Théologie (Baccalauréat Canonique), et qu'elle existe aussi comme spécialisation de deuxième et troisième Cycles dans certaines Universités: Angelicum (Rome), Grégorienne (Rome), Teresianum (Rome) etc... De plus, il y a des Instituts de Spiritualité un peu partout dans le monde. L'objection semble imparable. Mais ceci nous pousse à mieux préciser le contenu exact du Projet. Il se place à deux niveaux: un formatif et un scientifique, car une Faculté comme celle de Théologie forme les futurs prêtres et les laïcs, mais elle donne sa place à la théologie comme science, qui a ses méthodes et surtout sa recherche. La recherche doit toujours être poursuivie en parallèle avec la formation. Or à ce niveau, la théologie, comme science-en-soi, dispose d'une Faculté complète avec toutes ses composantes: le premier Cycle inclus.

 

Or, et du point de vue scientifique et du point de vue de la formation, il y a actuellement une lacune importante car la Mystique est une science à part, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui puisqu'elle est considérée comme une branche mineure de la Théologie , parfois classée dans le Département de la Morale et parfois dans le Département de la Pastorale ou encore de la Liturgie. Pourtant la Mystique n'est pas une branche de la Théologie car elle appartient à une Science différente et supérieure. Elle est une Faculté à part. Elle doit donc avoir son premier Cycle (chose inexistante aujourd'hui) et non uniquement être une spécialisation théologique de Maîtrise (licence canonique) ou de Doctorat.

Elle n'est pas non plus un simple Institut que l'on peut fonder ici ou là. Elle fait partie de la Formation intégrale de tout prêtre et de tout laïc. Il y a 3 Sagesses, 3 sciences et non 2! Nous avons la Philosophie , la Théologie et la Mystique (ou Théologie spirituelle).

 

Le fait que la Mystique soit juste une matière enseignée en Théologie est un énorme affaiblissement pour la vie de l'Eglise, pour sa pastorale, et pour la réception de l'Evangile tout simplement. C'est priver les Pasteurs et tout le peuple de Dieu d'un enseignement d'une grande richesse et ayant de grands effets sur la croissance spirituelle du peuple et son salut.

 

Quand saint Thomas d'Aquin écrivait la Somme Théologique il disait clairement: ceci est pour les débutants[54]. "débutants" ici est pris dans le sens de la classification classique de la croissance et du cheminement de la vie spirituelle: "commençants, progressants et parfaits". Ceci est une déclaration claire qu'il y a un autre savoir qui vient après pour les "progressants" et pour les "parfaits". Ce savoir, cette science, cette sagesse n'ont jamais été mis en place comme une structure commune d'enseignement dans l'Eglise. Il est temps de le faire.

 

Quelles bases pour une Faculté?

 

Ce projet soulève d'abord une question technique profonde, celle de l'identité de cette science "nouvelle". Car pour fonder une nouvelle Faculté il faut en montrer la légitimité: une Faculté se fonde sur une Science et non sur un simple savoir. Et une Science se fonde sur ce qu'on appelle: la lumière sous laquelle se place l'intelligence humaine pour observer son objet. De plus un objet étudié différent peut aussi fonder une nouvelle Faculté. Au point de vue strictement scientifique, cette question de la lumière est déterminante pour la fondation d'une Université. Il n'est point possible dans les limites de cette présentation d'encombrer l'exposé par trop de détails techniques mais quelques mots au moins sont utiles. Ceci pourrait être abordé de manière plus technique dans une autre étude.

Voyons d'abord la question de la lumière. Dans chacune des 3 sagesses (philosophique, théologique et mystique) l'intelligence humaine, pour observer son objet, est placée sous différentes lumières. En Philosophie, l'intelligence utilise la lumière naturelle de la raison. En théologie l'intelligence utilise la lumière de la foi. En Mystique, l'intelligence utilise un ensemble de lumières bien plus profond. Ce qui fait qu'un même objet contemplé par l'intelligence est vu sous différents angles ou profondeurs selon la lumière sous laquelle on se place. Il est possible de démontrer sans difficulté les différentes lumières dans une étude à part.

De plus la Mystique a un objet différent que celui de la Théologie telle qu'elle se présente aujourd'hui. Pour le dire de manière simple, la Théologie , au meilleur des cas, nous dit ce qu'elle contemple (Dieu etc..). Par contre la Mystique – qui présuppose l'étude des 2 sagesses précédentes – nous enseigne encore autre chose, elle nous enseigne comment contempler. La différence est radicale. De manière un peu caricaturale, nous pouvons dire que la théologie s'occupe de l'objet (Dieu) tandis que la Mystique s'occupe du sujet (l'homme qui contemple) et elle lui apprend à contempler, à avancer et à croître sur le Chemin qui mène à l'Union à Dieu et à la plénitude de la charité.

¨Pour cela, la Mystique , prise comme science, est tout un monde à explorer, à approfondir et à transmettre.

 

Contenu du Premier Cycle

 

Maintenant voyons la question concrète du contenu du Premier Cycle. Ce Cycle doit donner le minimum de bases nécessaires pour tout pasteur, tout catéchiste, tout laïc dans l'Eglise pour savoir se mouvoir dans la vie spirituelle. Par contre, comme nous le savons, la Maîtrise offerte comme un approfondissement ultérieur et pour commencer à être habilité à enseigner. Mais les bases spécifiques du Premier Cycle de Mystique doivent être posées.

Poser la question du Premier Cycle est en fait poser une question grave, car c'est une manière de se dire: "quel est le minimum, nécessaire au salut, à donner au commun des fidèles?" Car en fait, il est bien question de cela. C'est le cœur du projet de dire haut et fort: il y a un minimum à donner à tous (et qui n'est pas donné encore aujourd'hui). C'est cette "urgence" que ce Projet veut souligner avec vigueur. Il n'est ni une question secondaire ni un luxe. Il se place au niveau du nécessaire pour le Salut et pour conserver la vitalité de l'Evangile et promouvoir une réelle et profonde nouvelle Evangélisation. C'est une question gravissime que l'enseignement ordinaire de base, soit des futurs Pasteurs soit des Laïcs dans l'Eglise, soit des Religieux. Cet enseignement est "de base" et pour cela: "nécessaire au salut".

 

Il nous faut maintenant montrer ce en quoi consiste cet enseignement de base afin que l'on puisse découvrir tout ce qu'il y a à créer (une Faculté complète).

 

D'abord cette science, la Mystique , s'occupe de faire avancer l'être humain sur un Chemin qui a un but et des étapes. Tout cet enseignement est connu et fait partie intégrante de la Tradition vivante et du Dépôt révélé. Le but de ce chemin est la perfection de la charité. Le "milieu" de ce chemin est l'Union à Dieu.[55] Il y a des étapes dans ce chemin, décrites par les mystiques et à leur tête saint Jean de la Croix et sainte Thérèse de Jésus. Vu les transformations importantes qu'il réalise dans l'être humain, ce chemin peut être divisé en 3 étapes principales:

 

1- A partir du moment où l'on se décide de mettre notre main dans la main du Christ jusqu'à l'Union de volonté. Cette étape est l'étape des débuts où l'on instaure les bases de la vie spirituelle, où l'on apprend à faire une lectio divina surnaturelle, et une oraison surnaturelle, étape où l'on va vivre une première grande libération, celle de l'esclavage des sens. Ce sera comme la sortie d'Egypte.[56]

 

2- De l'Union de volonté, qui est ce premier enracinement en Dieu, jusqu'à la fin de la Nuit de l'esprit. Cette étape est une étape décisive pour la vie de chaque être humain, c'est l'étape qui fait les saints. Ce sera comme la marche au désert et la réception de l'Esprit Saint, Loi intérieure, dans nos cœurs.

 

3- Après la fin de la purification de l'esprit il y a les Fiançailles spirituelles, le Mariage spirituel (ou Union d'amour), ensuite le commencement des Flamboiements où l'âme, au dedans "donne Dieu à Dieu", ensuite les possibles participations à la Passion , l'apostolat surnaturel, et enfin la mort en Dieu. Ce sera comme l'arrivée en Terre promise et la Construction du Temple.

 

Si ceci est le chemin de la sainteté, et si l'Esprit Saint par Vatican II nous appelle tous à la sainteté, il devient aberrant de garder caché ce savoir et à ne pas l'enseigner à tous. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus se nourrissait de cet enseignement à l'âge de 17 ans. Pour cela, il n'y a aucun empêchement pour que d'éminents professeurs de Théologie vienne à la Faculté de Mystique l'apprendre avant même de commencer leur enseignement de la Théologie !

 

Ce projet propose que la description de ce chemin, de ce que Dieu veut réaliser en nous, et des moyens d'y avancer soit le contenu minimum de ce Premier Cycle de Mystique. Nous pouvons le répartir en trois ans au minimum, en mettant l'étude de chacune de ces périodes de la vie spirituelle comme le cœur de chacune de ces 3 années. Et il y a suffisamment matières pour remplir ces Trois années qui sont un minimum pour constituer un Premier Cycle de Mystique.

Si nous méditons et visualisons cette Faculté, en pensant que tous les pasteurs et catéchètes et beaucoup de laïcs y passeront de manière obligatoire, nous pouvons deviner ce que sera l'Eglise, ce que deviendra la pastorale, notre intelligence du Christianisme, ou tout simplement notre réception de l'Evangile!

Voilà donc le Projet. Il a besoin de personnes pures, détachées, courageuses et intelligentes, car le travail à réaliser est considérable. Il a besoin des gens nouveaux. Il n'est pas souhaitable de retomber dans les écueils des siècles derniers où l'on se bagarrait par revues interposées sur des questions abstraites (ex: la contemplation) oubliant l'intérêt pratique du peuple qui attend de savoir ce qu'est la sainteté et surtout comment y arriver. Le cœur de cette Faculté est d'offrir la Science de la sainteté.

Pour finir nous avons une proposition détaillée de ce que pourrait être la Première année du Premier Cycle et ensuite, de manière résumée, les matières pour les deux années suivantes.

 

Exemple des Cours du Premier Cycle

 

Note préliminaire: chaque année du Premier cycle est consacrée à une étape de la vie spirituelle. Donc tout l'enseignement durant l'année tend à expliquer cette étape et à fournir le maximum d'éléments pour l'éclairer.

 

I- Première Année

 

1- "Cours introductifs"

 

- Introduction générale à la Mystique.

- Méthodologie du travail scientifique en Mystique et de la recherche en mystique (très important)

- Sources de la Mystique.

- Description de la première étape de la vie spirituelle (explication).

 

2- Bible

 

- Parole de Dieu et Ecriture

- Bible et vie spirituelle

- Exégèse spirituelle

- Spiritualité biblique

 

3- "Dogmatique"

 

- Dogme et Vie spirituelle

- Le Christ dans la Vie spirituelle: sens spirituel du baptême.

- Trinité et Vie spirituelle

- Esprit Saint Maître de la vie spirituelle

- Marie dans la Vie spirituelle

- Les Anges et la vie spirituelle

- Purification des sens (cœur de cette étape) explication

- Union de volonté (but de cette étape) explication

 

4- "Célébrative"

 

Note: parmi les "méthodes" pour faire avancer : deux sont parmi les plus importantes et incontournables car elles découlent des deux tables de la Messe : Lectio divina et Oraison (prière du cœur)

 

- Lectio (I et II)

- Oraison (I et II)

 

5- "Ethique"

 

- Travail des vertus théologales

- La question de la contemplation (I)

- Ascèse et vie spirituelle, mécanisme de la tentation …

- Le combat spirituel

 

6- "Pastorale"

 

- Accompagnement spirituel pour cette étape et confession.

- Place de la lecture et de la culture spirituelle, de l'étude et de la recherche personnelle dans la vie spirituelle

- Pastorale ecclésiale de cette étape. Incidences

- L'apostolat d'une personne à cette étape

- Le Christ Total et l'apostolat

- Pratique de la charité, condition de croissance

 

7- "Culture"

 

- Introduction à saint Jean de la Croix

- Introduction à sainte Thérèse de Jésus

- Histoire de la spiritualité (I).

- Histoire de la Prière du cœur.

 

8- "Matières connexes"

 

- Questions de mystique comparée

- Psychologie et mystique (I)

- Mystique et théologie

- Médecine, théologie du corps et vie spirituelle

 

            Ci-dessous de manière succincte le contenu des deux années suivantes:

 

 

II- La deuxième année aborderait

 

- La description du chemin qui mène le chrétien de l'Union de volonté à la fin de la purification profonde de la Nuit de l'esprit.

- Description de ce qui advient des méthodes: "lectio", "oraison".

- Signification de la Nuit de l'esprit.

- La modalité divine de connaître et d'aimer Dieu.

- Les secours dans la Nuit.

- L'Espérance dans la nuit de l'esprit

- La voie d'enfance spirituelle

- Le rôle de Marie durant la Nuit

- La Contemplation (II).

- L'apostolat surnaturel. (I)

- La Nuit de l'esprit dans l'Ecriture.

- Accompagnement spirituel durant la Nuit.

- Le sacerdoce ministériel sous cette la lumière de la Nuit de l'esprit.

Etc…

 

 

III- La troisième année aborderait

 

- La description du chemin, à partir de la fin de la Nuit de l'esprit jusqu'à la mort chrétienne (la mort d'amour)

- Les fiançailles spirituelles

- Le mariage spirituel

- Les flamboiements de l'âme

- La participation à la Passion

- La mort d'amour

- Explication de ce que devient la "lectio" et "l'oraison".

- L'apostolat surnaturel (II) présenté en deux cours au moins: "II a- Les flamboiements" "II b- la participation à la passion."

- Rôle de Marie et de l'âme arrivée à l'union.

- Distinctions âme et esprit."

- Accompagnement spirituel dans chacune de ces étapes

- Le martyre

- La vie religieuse à cette lumière", surtout "la vie contemplative".

- La vocation de baptisé, sa plénitude.

- Le sacerdoce ministériel vu à la lumière de cette étape, son fonctionnement.

- Découvrir ces étapes dans l'Ecriture.

Etc…

 

Conclusion

 

Espérons que ces quelques lignes aient pu montrer le contenu du Projet et de sa nécessité vitale. A notre sens c'est cela dont on a besoin, la vision juste de ce qu'est une formation intégrale qui unifie l'être humain et le savoir, et ce, "par en haut". Il est très urgent de réaliser cette structure universitaire nouvelle ( la Faculté de Mystique) car le monde en a une très grande soif, et nous n'avons pas de pasteurs formés pour répondre à cette soif. Pourtant cette science est nécessaire au salut. Comment les gens sauraient comment Dieu se donne si nous ne prêchons pas? ce serait tenter gravement Dieu que de s'aventurer dans le troisième millénaire sans les outils nécessaires pour avancer. Nos trésors de 20 siècles de Mystique sont enfouis sous le sable et menacent de n'être plus compris par les générations qui viennent à cause de la cassure culturelle advenue après la seconde guerre mondiale.

La formation offerte par le Premier Cycle de la Faculté de Mystique est une formation qui a un début et une fin dans le temps (même si toute formation spirituelle s'étend sur toute la vie). Après avoir terminé les 3 années[57] le laïque est libre d'organiser sa vie comme il l'entend. Cette initiative part du principe que "le Monde est mon monastère et le Baptême mes vœux"! Donc si on y entre pour 3 ans - comme pour faire un Premier Cycle d'études dans une Faculté quelconque - on en sort libre, mais ayant le bagage suffisant pour le voyage de la vie d'adulte, des semences d'un changement intérieur et espérons-le durable.

Son avantage c'est qu'elle donne:

1- une Formation Intellectuelle sérieuse, un minimum de culture mystique solide capable d'aider l'être humain à gérer sa vie spirituelle.

2- une Expérience Spirituelle vitale

3- des moyens de Discernement

Le grand avantage est que nous avons en main une formule capable de changer réellement l'être humain (s'il le veut) et le rend à la société, à l'Eglise, à sa Paroisse, devenu une Pierre vivante capable de les transformer. Cette formation de trois ans du Premier Cycle, le change réellement, irrévocablement, profondément et efficacement. Les mystiques ont démontré d'être les personnes les plus actives de l'histoire, les plus visionnaires, les plus "les pieds sur terre et la tête dans le Ciel", les plus entrepreneurs, audacieux et conquérants.

Ainsi nous assurons à l'Eglise l'Outil de formation qui nous fera non seulement aller en haute Mer ("Duc in Altum") mais traverser de l'autre côté de la Mer : c'est bien l'appel du Concile (la sainteté). De fait, arrivés à l'autre rive (l'Union à Dieu), beaucoup de travail apostolique de construction du Corps du Christ nous attend. Ainsi nous pouvons affronter le Troisième millénaire avec confiance et Espérance. Le Pape nous assure que "tel est le secret d'un christianisme vraiment vital, qui n'a pas de motif de craindre l'avenir" (NMI 32)

"L'avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d'espérer"[58].

 

J.K., Londres, 25 Mars 2004


Table des matières

____

 

I- Introduction : un premier cycle de Mystique_ 1

 

II- L'orientation intégrative du Concile_ 2

Position du problème 2

A la recherche d'une solution 4

Une théologie intégrale 6

 

III- Premiers éléments de réponse: la structure_ 6

 

IV- Restructuration intérieure_ 8

Emergence des 5 sections de la Mystique 13

 

V- Développement nécessaire_ 13

Emergence des 5 matières "ponts" 13

Emergence des 5 matières "liens" 14

 

VI- Avantages de ce réajustement 14

 

VII- Compléments au schéma de la Clef 15

 

VIII- Une proposition de restructuration pour aujourd'hui 17

 

IX- La théologie spirituelle cœur absent du Concile_ 21

 

X- Les leçons du  Pschitt du renouveau de l'entre deux guerres 22

1- Il ne faut jamais quitter la Bible 22

2- La méthode du fil triple 23

3- La finalité du chemin 23

4- La Praticité manque cruellement! 23

5- La place de la théologie spirituelle dans l'édifice de la théologie 24

6- Absence d'un dénominateur commun 24

7- La théologie de la formation du Pasteur 25

8- Développer la place juste de Marie dans la Théologie spirituelle 26

9- Développer l'union au Corps mystique du Christ 26

10- Développer les questions de pédagogie 26

 

XI- D'autres caractéristiques de l'enseignement en théologie spirituelle_ 27

1- Synthèse organique 27

2- L'explication du facteur déclencheur du surnaturel 27

3-  Fécondité et répercussions 27

4-  L'enseignement est un moyen fondamental pour susciter la vie spirituelle 27

5- Une topographie claire 28

6- La méthodologie doit changer 28

 

XII- Questions de méthode_ 28

1- Langage 29

2- Pour ce qui est des croquis et de leur utilité 29

3- La tache qui nous incombe 29

4- Comment opérer? 31

 

XIII- La méthode intérieure du théologien_ 31

1- Le processus intérieur de naissance des paroles du Corpus 31

2- Les qualités indispensables du théologien 32

3- Lien entre croissance spirituelle et capacité d'assimilation théologique 32

 

XIV- La Fonction ecclésiale du théologien_ 33

L'obligation morale 33

Une vocation parmi tant d'autres 34

 

XV- Conclusion: la tache actuelle, jeter les fondations 34

Former le Corpus de l'étudiant 34

Former le Corpus du Maître 35

La partie cachée de l'iceberg 35

 

Annexe: Projet de Fondation de la Faculté de Mystique_ 37

L'appel du début du troisième millénaire 37

Un Projet d'une nécessité vitale 37

Quelles bases pour une Faculté? 38

Contenu du Premier Cycle 39

Exemple des Cours du Premier Cycle 40

I- Première Année 40

II- La deuxième année aborderait 42

III- La troisième année aborderait 42

Conclusion 43

 



[1] Titre que l'on trouve dans un article profond et innovateur de Manlio Sodi. Cf. plus bas.

[2] Jean Khoury, est diplômé en Théologie de l'Institut Catholique de Toulouse et du Teresianum (Rome). Fondateur de « l'École de Marie », il dispense depuis 1998 une « Initiation à la vie spirituelle » pour adultes sur trois niveaux, présente dans plusieurs pays. Auteur de plusieurs livres et études en Théologie spirituelle. Il est actuellement Doctorant en Théologie spirituelle à l'Angelicum (Rome).

[3] Cfr. Annexe: Projet de fondation de la Faculté de Mystique.

[4] Surtout depuis le Concile de Trente où les études théologiques ont commencé à s'imposer de manière systématique à la formation sacerdotale. Avant, une longue retraite pouvait suffire pour former le futur prêtre.

[5] Cfr. le document Optatam Totius dont nous citerons plus bas trois passages importants.

[6] Cfr. Son article "Théologie" dans le DTC et son livre: "Vraie et fausse réforme de l'Eglise".

[7] Même si nous l'aborderons plus bas, il est important de noter dès maintenant que dans les textes du Concile nous pouvons trouver trois époques et par conséquent courants théologiques: 1- le plus ancien est la Scolastique (Thomisme et néothomisme), moins présent, même si la majorité des Pères Conciliaires y sont formés. 2- la nouvelle théologie, la théologie de l'histoire du salut, plus biblique et plus christologique qui tient compte du temps et de l'histoire: Dieu dans le temps. 3- un courant encore embryonnaire, qui fait faire un pas de plus à théologie comme histoire du salut, en entrant dans la vie intérieure de l'être humain. En ce sens, nous pouvons dire que d'une attitude métaphysique abstraite, nous passons à une attitude historicisante, qui tient compte du temps, et nous voyons à peine poindre une attitude plus intérieure qui situe le véritable temps dans la transformation intérieure de l'être humain. Cette dernière attitude, comme nous le disions reste embryonnaire par manque d'outillage nécessaire. Nous verrons cela plus bas. Ces passages d'OT témoignent de cette dernière strate ou attitude théologique. Dans ce projet nous proposons de continuer le chemin entrepris et de développer cette dernière attitude théologique, sans bien sûr rien enlever de la validité des autres méthodes et de leurs mérites.

[8] "Metodo teologico e lex orandi. La teologia liturgica fra tradizione e innovazione", dans, Collana Itineraria, Vol. 1, Pontificia Accademia Teologica, Rome, 2008, pp. 201-227.

[9] "Il testo di OT 16 pone ancora oggi seri interrogativi. Su questo punto quel dettato conciliare deve ancora essere valorizzato"

[10] "La gravità della situazione di incertezza e di coordinamento degli studi teologici è eloquente."

[11] "Il concilio ha tracciato una prospettiva unitaria, nella logica di una teologia liturgica: a quando la sua attuazione in vista di una sintesi per un’armonica visione ed esperienza ecclesiale? Se la teologia liturgica non è già competenza acquisita per la teologia fondamentale, tutto il resto si fonda con maggior difficoltà."

[12] "L’assenza, o la poca incidenza di elementi forti che costituiscano un indispensabile punto di appoggio per una formazione integrale e unitaria della persona (senza schizofrenie!) fanno emergere l’urgenza non tanto di una sintesi solamente noetica (intellettuale), ma vitale in quanto integrale. Il ritorno ad una lex orandi che sia punto di incontro tra lex credendi e lex vivendi sarà non la riscoperta di una prassi fortunata, ma la riappropriazione di un metodo di vita che aiuta a superare ogni incertezza."

[13] "A quando l’apprendimento della lezione di sintesi che la teologia orientale ha sempre mantenuto (pur con dei necessari distinguo)?"

[14] "Il percorso realizzato nell’ambito del presente intervento permette di giungere a tre conclusioni che possono apparire interlocutorie, ma solo fino ad un certo punto. Quanto prospettato sopra, sia pure per cenni, si presenta come una attualizzazione concreta, arricchita da specificazioni, di quanto codificato dal Vaticano II sia nella SC sia nel documento OT 16. I tre momenti conclusivi, pertanto, si muovono a partire da OT per coglierne il metodo e così rilanciare il dibattito su un metodo teologico che forse attende ancora di essere iniziato a circa 40 anni dall’assise conciliare!

    – Il ruolo di un testo conciliare. È a tutti noto il testo del dettato di OT 16. Il suo contenuto propone una linea nel fare teologia (docenza e ricerca) all’insegna della sintesi non solo noetica ma vitale: «... la rendano alimento della propria vita spirituale». Il dettato conciliare si muove nella prospettiva di un metodo da proporre; ma il dettato è da vedere prima ancora nell’ottica di una ricerca teologica, di cui si indica il metodo che qui rileggo nello specifico della teologia liturgica: […]."

"[…] È in questa prospettiva che è stato formulato il titolo di questa ultima parte. L’interrogativo, con sapore di provocazione, denota che la lettera del dettato conciliare è rimasta in genere tale, salvo qualche rara eccezione."

[15] Nous trouvons déjà cette division chez saint Paul: "Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ." (1Th 5,23)

[16] Si nous suivons l'enseignement de saint Jean de la Croix nous trouvons qu'il y a une connaissance de foi "à mode humain" et une connaissance de foi "à mode divin" qui suppose une transformation intérieure radicale, une purification profonde.

[17] Comme nous le disions plus haut les trois lumières, la structure anthropologique tripartite, et les étapes de croissance sont intimement liés. De fait la croissance spirituelle et la purification-transformation qui lui est inhérente passe en général (il y a toujours des exceptions à la règle selon les besoins) du dehors (du sens) vers le dedans (le cœur, l'esprit) en passant par l'âme.

[18] Origène aura ce coup de génie de souligner le lien entre l'exégèse et la croissance spirituelle. Toujours dans cette même logique il considérera que l'Ecriture est comme Jésus, à nos côtés, qui nous suit et nous accompagne dans notre croissance spirituelle, et nous donne à chaque étape la nourriture plus profonde dont on a besoin. On voit combien l'axe anthropologique de croissance spirituelle (qui est l'axe de la théologie spirituelle) reste l'axe herméneutique royal.

[19] Etudes de théologie telle qu'elle se présente aujourd'hui: Dogmes (Trinité, Incarnation, Rédemption, Divinisation), Liturgie (Sacrements, Messe, etc), Commandements de Dieu (Morale etc), Pastorale etc.

[20] L'Evangile est la catéchèse des Chrétiens. Si ce passage est retenu par les premiers Evangélisateurs c'est qu'il est utile non seulement pour raconter une histoire, celle du Christ, mais bien plus, pour un but pédagogique: former le Chrétien. Car nous portons tous en nous un petite tendance "pharisaïque" qui peut parfois se développer à l'extrême et vider l'acte de théologiser de son contenu vital.

[21] "Théologie" pour les auteurs des premiers siècles avait deux sens: 1- la contemplation la plus profonde de Dieu lui-même et 2- un discours sur Dieu et sur la foi. On accordait le nom de "théologien" par excellence à saint Jean. Et seuls certains saints pouvaient avoir cette appellation, s'ils présentaient des caractéristiques ressemblantes à celle de saint Jean: un contemplation et une connaissance amoureuse profonde de Dieu. Evagre, Denys, Grégoire de Nysse, Syméon le Nouveau Théologien etc. considéraient la "théologie" comme le degré de contemplation des parfaits.

[22] «L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres – disions-Nous récemment à un groupe de laïcs – ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (Evangelii nuntiandi 41).

[23] "Il faut donc que, de ces hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu'au jour où il nous fut enlevé, il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection." (Actes 1,21-22)

[24] "Clef" ici se réfère à une expression utilisée par le Christ dans Luc 11 quand il s'adresse aux Pharisiens, Scribes et Légistes: "Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la Clef de la Science ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés!" (Lc 11,52) Elle renvoie à tout l'enseignement du Christ. Nous pouvons considérer que le balancement que l'on trouve dans le Sermon de la Montagne (Mt 5-6) entre le "il vous a été dit" et le "et moi je vous dis" nous offre tout aussi bien un angle de la Clef. Par sa manière de présenter sa Loi, le Christ montre qu'il ne nie pas du tout la Loi de Moïse, mais qu'il entend purifier l'être humain du dedans et le changer au point où il est rendu capable de mettre en pratique la Loi de Moïse non seulement dans sa lettre, mais dans son esprit et par le cœur. Il ne fait que réaliser le Premier Commandement: "tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur".

[25] "introversion - extraversion" pris au sens théologico-spirituel et non uniquement psychologique, pourrait être un couple convenable exprimant le double mouvement d'une théologie plus complète et intégrée avec la Mystique. Durant le second millénaire la Vie Spirituelle s'est détachée toujours de plus en plus d'une théologie qui n'arrivait pas à en rendre compte et lui donner à la place théologique qui lui revenait dans l'ensemble. Le divorce était consommé. Malgré plusieurs tentatives de réconciliations, les outils de la théologie manquaient pour donner toute sa place à la mystique (ou théologie spirituelle).

[26] La théologie n'est pas uniquement la recherche de l'intelligence de la foi (fides quaerens intellectum)! Elle va bien plus loin que cette démarche. Elle est l'intelligence de ce qu'il faut faire pour trouver Dieu réellement, et l'intelligence de ce qu'il veut opérer en nous (l'œuvre de sanctification, ou divinisation) et où cela nous mènera. Elle est la science qui nous aide à devenir des saints et des apôtres.

[27] Signalons quelques apports: le P. Marie Eugène à la fin de sa grande somme de théologie spirituelle "Je veux voir Dieu" propose une étude novatrice. Il va approfondir le lien entre l'apostolat et la croissance de l'amour (croissance de la vie spirituelle). Cette intuition géniale et féconde qui est une première semble-t-il dans l'histoire de la théologie spirituelle a été reprise et élargie par un de ses disciples, le P F.-R. Wilhelem: "Dieu dans l'action, La mystique apostolique selon Thérèse d'Avila", Carmel, 1997.

[28] Les Pères Grecs estiment que sont les apôtres qui ont été transfigurés et non le Christ. Leur capacité de le voir a changé. Ceci change complètement le travail théologique. C'est dans cette perspective d'unité profonde et intérieur que se place ce Projet. Cf. Georges Habra, " La Transfiguration selon les Pères Grecs", Paris, 1974.

[29] Un des premiers sens de "Théologie" chez les Pères des premiers siècles était: contemplation la plus profonde de Dieu.

[30] La capacité de voir le Christ-Dieu tel qu'il EST provient du fait de la transformation intérieure, qui nous a rendu très ressemblants à Lui. Le chemin du "faire théologie" est porté par le chemin-même de la transformation de l'être humain. La théologie spirituelle est la science porteuse du théologien en tant que "sujet" et c'est elle qui éclaire notre chemin nous permettant d'entreprendre de manière plus sûre le chemin qui nous fait devenir théologien.

[31] John Henry Newman, "Sermons universitaires", Sermon du 2 février 1843.

[32] Rite Romain Latin, Messe votive n° 32. Cf. Jesus Castellano, ocd, "Maria Madre e Maestra di vita spirituale" in " La Vergine Maria dal Rinascimento ad oggi", AA., Rome, 1999, pp. 250-274.

[33] Nous sommes bien d'accord que ceci n'est qu'une illustration analogique et que l'analogie n'est point totale avec la structure de l'ADN. Celle-ci contient 4 liens, or dans notre proposition les matières sont au nombre de 5 et les liens aussi.

[34] Comme nous le disions en note plus haut le P. Marie Eugène à la fin de sa grande somme de théologie spirituelle "Je veux voir Dieu" propose une étude novatrice: "Apostolat et développement de l'Amour" pp. 1053-1077. Il y approfondit le lien entre l'apostolat et la croissance de l'amour (croissance de la vie spirituelle). Cette intuition a été reprise et élargie par un de ses disciples, le P F.-R. Wilhelem: "Dieu dans l'action, La mystique apostolique selon Thérèse d'Avila", Carmel, 1997.

[35] Sainte Thérèse d'Avila parle de ces trois grâces à plusieurs reprises. Nous trouvons cet enseignement chez saint Thomas d'Aquin.

[36] Nous reprenons ici la classification des pères de l'Eglise d'orient qui offraient trois étapes de croissance majeure, dont la dernière était la "Théologie" comprise non pas d'abord comme réflexion sur la Foi , mais contemplation de la Trinité.

[37] Le Témoignage chez saint Jean l'Evangéliste est une dimension plus proche de celle de l'apôtre parfait, qui est mû par l'Esprit Saint et qui ainsi témoigne du Christ, en prolonge la vie.

[38] Nous reprenons la notion d'Economie divine, la dispensation de Dieu qui se fait chair pour se donner à nous, et nous l'appliquons à cette étape où l'apôtre parfait prolonge la vie et la mission du Christ pour le Corps du Christ, l'Eglise et le Monde.

[39] Je n'ai pas pu retrouver la citation dans la version de 1950. Cela dit, dans son article "Théologie" du Dictionnaire de Théologie Catholique, mais aussi dans son livre " La Foi et la Théologie " il le signale aussi.

[40] Dans OT 17 il est demandé de ne pas multiplier les matières.

[41] C'est vrai tous les bons livres s'arrêtent au concile. Garrigou Lagrange, Poulain, Tanquéry, Marie Eugène… et puis, silence radio. même le Magistère des Papes est silencieux dans ce domaine! c'est, théoriquement troublant quand on sait que la science par excellence qui nous fait arriver à la sainteté est la Théologie spirituelle et que c'est le message central et vital du Concile! Alors on se pose la question, on est perplexe: comment nous en arrivons à cette contradiction, d'un côté le Concile nous dit: allez, tous, hop, vers la sainteté et de l'autre, le pauvre Concile est vraiment avare en indications sur le "comment". Comment en sommes-nous arrivés à cette capacité d'affirmer une chose dont en fait, au fond au fond, on en ignore tout le savoir faire!

[42] Il est bon à ce stade de signaler un jeune auteur décédé récemment qui s'était penché sur l'histoire du renouveau de la première partie du 20ième siècle, Philippe De Lignerolles osb d'En-Calcat (1950-1998). En 1998 il a écrit une thèse à l'institut catholique de Toulouse où il étudie ce moment de l'histoire (Toulouse a joué un grand rôle dans ce renouveau): "Les fondements d'une théologie spirituelle, traitement contemporain d'un dossier historique". A la fin de sa deuxième partie il dit: "Le dynamisme des années qui ont suivi la fin de la première guerre mondiale pouvait laisser penser que la redécouverte de la théologie spirituelle se ferait sur de bonnes bases." Au début de sa première partie il expliquait ainsi son propos: "La seconde constatation que nous avons faite à la fin de la deuxième partie de notre travail a été la suivante: puisque, sur le plan proprement théologique, ce renouveau des années 1920 n'a pas apporté de réponses totalement satisfaisantes, surtout à longue échéance, n'y a-t-il pas lieu de proposer, pour nos contemporains, les fondements d'une théologie spirituelle ? Les tentatives, en ce domaine, paraissant manquer réellement, nous avons cru pouvoir essayer de relever le défi. C'est donc ce à quoi nous nous sommes attachés dans la troisième partie." Il dit bien qu'il y a eu un "Pschitt"; à notre sens, il aurait pu creuser plus profondément les raisons! Cela dit, il a tout le mérite d'avoir ouvert le dossier. Nous développons ces raisons plus bas.

[43] Depuis l'après Concile, malgré de timides aggiornamentos, la Théologie spirituelle continue à être mise de côté et à ne pas jouir de programmes, de projets de développements ambitieux et nécessaires, de financements. De fait très peu de Sommes de Théologie spirituelle, ou d'ouvrages significatifs ont vu le jour depuis.

[44] La vision du chemin spirituelle comme étant trois voies (purgative, illuminative, unitive) s'est imposée presque de manière spontanée, par l'intervention de différents auteurs fondamentaux qui par ailleurs ont tout leur mérite dans le développement même de la Théologie spirituelle: Origène, Evagre le Pontique, Denys l'Aréopagite etc., pour ne citer que les plus influents sur la postérité. Le désir d'imiter la vie des anges, de n'avoir comme occupation que Dieu lui-même, accompagnait cette proposition de théologie spirituelle. Le "sursum corda" si ancien, invitant à poser le cœur en Christ assis à la droite de Dieu, c'est transformé en un oubli des taches incarnées à réaliser par l'âme et le corps: prolonger la vie du Christ. Nous comprenons aussi que cela a été porté par la théologie monastique qui avait pour idéal (après une période passée au monastère) la vie érémitique. Toute la dimension initiale d'imitation complète et intégrale du Christ s'est vue par la suite et sous l'influence de ces auteurs majeurs, atrophiée dans la partie "unitive" du chemin. Le Commandement nouveau, souvent couronné par le martyr dans les premières générations, la mission apostolique (le mandat du Christ d'aller prêcher), la dimension paulinienne de la souffrance pour les autres ("je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps), etc. se sont vus remplacés par un idéal érémitique angélique. La partie unitive du chemin de la vie spirituelle s'est vue, très tôt, réduite. C'est sur ce modèle que la théologie spirituelle s'est bâtie durant près de 18 siècles. Ce qui est étonnant c'est que peu d'auteurs soulignent ce choix réducteur, arbitraire et incongru.

[45] Jusqu'à aujourd'hui, si on étudie l'histoire du statut de cette matière durant les 100 dernières années, c'est la constatation claire qui en émerge.

[46] Yves Congar, "La tradition et les traditions", Paris, 1963, vol. II, pp.28-29.

[47] Le "secours particulier de la Grâce ", ou encore les 4ièmes demeures de sainte Thérèse d'Avila.

[48] Cfr. par exemple: Montée du Carmel, livre II, chapitre 22, paragraphes 13-15.

[49] Cfr. aussi CEC 2038 où il est question de la participation de tous dans cet effort. Et Cf 2518 où il est question du lien entre pureté du cœur et l'intelligence de la foi.

[50] Dans le Catéchisme, aucun paragraphe n'est dédié au théologiens ni à leur service.

[51] "Donum veritatis, sur la vocation ecclésiale du Théologien, Instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi", Rome, 1990.

[52] "La prière nous fait vivre justement dans cette vérité. Elle nous rappelle constamment le primat du Christ et, en rapport à lui, le primat de la vie intérieure et de la sainteté. Quand ce principe n'est pas respecté, faut-il s'étonner si les projets pastoraux vont au devant de l'échec et laissent dans le cœur un sentiment décourageant de frustration?" (Novo Millenio Ineunte (NMI) 38)

[53] "La grande tradition mystique de l'Église, en Orient comme en Occident, peut exprimer beaucoup à ce sujet. Elle montre comment la prière peut progresser […]" (NMI 33)

[54] "Le docteur de la vérité catholique doit non seulement enseigner les plus avancés, mais aussi instruire les commençants, selon ces mots de l'Apôtre (1Co 3,1-2 ) : «Comme à de petits enfants dans le Christ, c'est du lait que je vous ai donné à boire, non de la nourriture solide. » Notre intention est donc, dans cet ouvrage, d'exposer ce qui concerne la religion chrétienne de la façon la plus convenable à la formation des débutants. Nous avons observé en effet que, dans l'emploi des écrits des différents auteurs, les novices en cette matière sont fort empêchés, soit par la multiplication des questions inutiles, des articles et des preuves ; soit parce que ce qu'il leur convient d'apprendre n'est pas traité selon l'ordre même de la discipline, mais selon que le requiert l'explication des livres, ou l'occasion des disputes ; soit enfin que la répétition fréquente des mêmes choses engendre dans l'esprit des auditeurs lassitude et confusion. Désirant éviter ces inconvénients et d'autres semblables, nous tenterons, confiants dans le pouvoir divin, de présenter la doctrine sacrée brièvement et clairement, autant que la matière le permettra." (saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, Introduction)

[55] Les manuels placent souvent l'union à Dieu à la fin de la vie spirituelle, or elle n'en est que le milieu, il y a bien des choses à explorer dans cet état d'union à Dieu.

[56] Je souhaite qu'on ne saute pas immédiatement à la conclusion: ah mais ce sont les fameuses voie purgative, illuminative et unitive. Il y a des différences.

[57] L'expérience montre que pas moins de 3 ans sont nécessaires pour asseoir de nouvelles habitudes (manières de faire) spirituelles.

[58] Vatican II, Gaudium et Spes, 31